jeudi 24 janvier 2013

Les légendes urbaines du travail à la maison ...

Les trucs que je pensais que oui, alors qu'en fait non, ou un peu mais pas exactement non plus comme je pensais avant. 

1/ je ne serai plus jamais en retard.

Faux. Certes tu es sur place, mais on le sait, ce sont souvent les personnes les plus proches d'un lieu de rendez-vous qui arrivent le plus tard. Et puis c'est sans compter les copines devant l'école, à qui, avant, tu  agitais fébrilement la main, sans ralentir ta course effrénée vers la voiture, après avoir "jeté" les enfants dans la cour. Maintenant que tu as le temps, tu tapes la biz, tu discutes, tu dissertes... par contre, si tu es encore là lorsque sonne l'heure de la récrée du matin, c'est que tu as vraiment abusé...

2/ j'organiserai mon temps de travail comme je voudrais.

Non. Parce que déjà tu es contrainte par les horaires de la vie quotidienne : l'école, les repas, les feux de l'amour. Et puis, si tout va bien, tu as des clients. Donc comme dans ta vie de salariée, tout ce que tu as prévu de faire dans la journée sera chamboulé par : une demande urgente, un retard dans un retour de validation, la rhino du petit dernier, la voiture à emmener chez le garagiste...

3/ je serai plus disponible pour ma famille, mes mômes. 

Ok tu es plus souvent à la maison. Si pour toi être "plus disponible" signifie murmurer des "hum hum, ooohhh, oui c'est bien" ou hurler des "Sileeenceeeeee, lâches ton frère", de dos sans interrompre tes doigts sur le clavier, à des enfants collés devant la téloche... alors oui tu es plus dispo.

4/ je serai moins stressée.

Faux. Avant tu stressais pour le boulot à rendre, la manif à organiser, le dossier à boucler pour le boss. Tu angoissais de ne pas donner satisfaction à tes supérieurs. Maintenant tu angoisses pour Ta boîte, Ton boulot, Tes clients. Bref, tu angoisses égoïste, mais tu angoisses toujours...

5/ plus personne ne me dira ce que je dois faire.

Faux. "Chérie, comme tu es à la maison, entre deux dossiers bien sûr, tu pourras faire la lessive/étendre la lessive/faire un peu de repassage/vider le lave-vaisselle/rentrer du bois et passer un petit coup d'aspi?"
Ben tiens.

6/ je me préparerai comme pour aller au bureau.

Faux. L'été tu préféreras la robe à bretelles, le short et le débardeur, les tongs au tailleur-jupe/sandales à lanières qui te scient les doigts de pieds. En hiver, tu troqueras ton tailleur-pantalon en velours, contre un bon gros jean informe - mais qui est tellement confortable - avec un bon gros sweat ou pull en laine et des chaussons en moumoute.
La réunion skype impromptue reste un très bon garde-fou pour ne pas se laisser aller sur le shampoing, le maquillage ou le peignoir à 11h...

7/ je serai moins tentée de faire de pauses café avec les copines.

Vrai ! sauf si tu as le téléphone, FB, tweeter, etc ... et des voisines qui bossent à domicile aussi.


8/ je ne serai plus obligée de subir le serveur de l'assistance informatique.

"Pour un problème de téléphonie, tapez 1, pour un problème avec votre poste de travail, tapez 2, pour un problème avec un programme informatique, tapez 3..." tout ça pour s'entendre dire :" vous êtes sure qu'il est branché votre ordinateur?..."
Là tu n'as pas d'assistance informatique, donc quand ça ne marche pas, tu débranches et rebranches, tu pestes, tu cries, et puis, au final, tu téléphone "SFR bonjour, pour contacter l'assistance téléphonie, tapez 1, un problème avec votre réseau internet, tapez 2, un problème avec (cette saleté de) boîtier Femto (tout pourri qui est censé te reconnecter au monde mais que en fait il ne fonctionne JAMAIS), tapez 3, ..." tout ça pour s'entendre dire "Vous êtes sure qu'il est bien connecté votre boîtier Femto ?"...

9/ je vais enfin arrêter de manger n'importe quoi.

C'est vrai qu'entre les déjeuners avec les collègues, les déjeuners de travail, les panini avalés en vitesse, les pots de départ, d'arrivée, de naissance, d'anniversaire, les goûters, les cookies blancs, tu as un peu pris de la bedaine ces dernières années.
Maintenant, plus de tentation. Mais qui a fini les "Petits Écoliers" des mômes? "Chérie, il ne restait pas du Côte D'or?", "ton sachet de boulgour est bientôt périmé, on le jette ou pas?"... bref...

10/ je vais enfin être tranquille.

Alors là, c'est vrai. Tranquille, seule, au calme. Très très au calme. Bien isolée. C'est bon tout ce silence. C'est calme. Tranquille. C'est serein, c'est zen. Voilà c'est ça, c'est zen.
Super Zen.
Voilà.

Tiens si j'appelais au bureau pour prendre des nouvelles? je vais mettre la radio un peu aussi. Et puis je vais regarder quand à lieu la prochaine séance de co-working dans ma ville. tiens le chat ! non mais reviens le chat, j'ai plein de choses à te raconter depuis la dernière fois, le chaaaattttt !!!




samedi 12 janvier 2013

Je me suis fait un revival de ma vie de bureau…



Hier, j’avais un rendez-vous avec une conseillère pour une mutuelle de santé. Avant ma mutuelle était imposée par ma boîte, je ne me posais pas vraiment de questions. Maintenant, je dois choisir ma mutuelle, et, en substance, je dois choisir si je vais avoir des problèmes de vue, d’audition, de dentition, ou si je vais être hospitalisée bientôt. Bref, je dois cocher des options pour savoir si je préfère avoir : des lunettes à monture en bois ou griffée, un sonotone perfectionné ou demander aux gens de parler plus fort, une jolie couronne en céramique (tiens je dois prendre rdv chez le dentiste) qui coûte un bras, ou un sourire à la mode de n’importe quel rappeur en jogging, une hospitalisation dans une chambre individuelle, où je pourrais péter seule en matant les feux de l’amour tranquillos ou une chambre à deux voire trois, à devoir attendre mon tour pour aller faire pipi, me taper les jeux de TF1 sans pouvoir écouter les feux de l’amour parce que la famille entière de l’éclopée à ma droite aura décidé de venir lui tenir compagnie… bref, pas une décision anodine.

J’arrive avec un peu d’avance, la personne à l’accueil est un peu dans le genre des Sophie&Sophie, en moins drôle. Elle m’ouvre une porte sur un couloir et me plante là. Ahhh la douce moquette pleine d’acariens, les murs en plastiques modulables, pas de doutes, nous sommes dans des « bureaux ». Seule dans mon couloir, je me dirige alors vers le premier bureau occupé dont les stores ne sont pas baissés et dont la porte est ouverte. Un jeune cadre dynamique est en plein boulot, avec tout le package : ordi portable, blackberry + Iphone, piles de dossiers, stylos de marque, téléphone qui clignote (= j’ai des messages en attente tellement je suis débordé je n’ai même pas le temps de les écouter), trois gobelets de café … je me poste à l’entrée de son bureau et l’interpelle « Bonjour, j’ai rendez-vous avec Mme …. ». Le costard-cravate lève les yeux vers moi. Ma conseillère n’est pas arrivée, mais il m’invite à patienter dans la salle de réunion située derrière. Avant de repartir il me propose un café que je décline. Et je peux vous dire tout de suite que lui, soit c’est le boss, soit c’est un stagiaire. Et au vu de son bureau, c’est le boss… Et pourquoi ? Parce qu’il n’a pas du tout l’habitude d’accueillir des clients. Il ne me serre pas la main, semble gêné, comme si il voyait un « prospect » pour la première fois, et, en grand professionnel, il m’installe pour me faire patienter dans une salle qui avait du accueillir le matin même une réunion sur « comment convaincre le client de signer vite et haut » : tout le dispositif de vente est affiché au tableau, avec de jolis schémas sur des paper-board, les objectifs de chacun et les cadeaux récompensant les gagnants du challenge de ce mois-ci.

Quand ma conseillère arrive enfin, je vois à sa tête que la bourde de son boss ne passe pas inaperçue…nous gagnons son bureau, et je me retrouve là où j’étais il y a un 18 mois, la dépression en moins. La moquette grise, sale, les murs en cloisons fines comme du papier, qui laissent passer toutes les conversations. Les armoires à fermeture « accordéon » de couleurs gaies comme le noir, le gris, ou le beige… entre nous, on les appelait des armoires de prison. Le bureau en mélaminé gris, le « caisson » pour y disposer ses petits dossiers et ses fournitures : stylos, trombones, agrafeuses, stabylos jaunes… Le téléphone à cadran, avec toutes les options possibles : renvoi d’appel, audio, répertoire et sonneries pourries. A la fin de ma vie de salariée de bureau, j’avais une sonnerie magnifique : un mec qui disait en boucle « Are you there ? Are you there ? Are you there ? ». Il y a avait la version femme aussi. Ça rendait dingue mes collègues. En une seconde, j’ai tout revu : même mobilier, même disposition, même contrainte de se brancher au réseau pour imprimer trois feuilles, même ordinateur, mêmes armoires, mêmes dossiers empilés, mêmes porte-manteaux…
Ma conseillère est allée chercher les documents sortis de l’imprimante, j’ai alors pu réaliser qu’elle avait aussi les mêmes collègues en entendant les conversations dans le couloir. Deux personnes se faisaient mille courbettes à l’occasion de la nouvelle année, une autre annonçait le pot-galette du lendemain midi, ma conseillère pestait contre l’imprimante qui ne fonctionnait pas, épaulée dans sa galère par un collègue qui menaçait d’engueuler Serge de la logistique si cela ne s’arrangeait pas au plus vite… J’ai entendu ses petits pas dans le couloir, nous avons finalisé l’entretien, elle a proposé de me raccompagner, mais, profitant du fait que son téléphone sonnait, j’ai décliné sa proposition, lui certifiant que je retrouverai très bien mon chemin. Une fois dans le couloir, j’ai pu tout à ma guise admirer les « cases courrier » de chaque service de cet étage, les vieilles affiches de publicité accrochées par le département marketing pour « égayer » le couloir gris, les plantes vertes à l’agonie, les cartons déposés devant les bureaux… et surtout, j’ai pu entendre tous ces bruits qui font l’atmosphère d’une vie de bureau : les conversations téléphoniques trop bruyantes, les murmures des discussions plus confidentielles, les sonneries, toutes plus kitsch les unes que les autres, le manager qui déclame son discours de motivation en réunion d’objectifs hebdomadaire, les imprimantes en fond sonore… J’ai respiré à fond les odeurs de poussières, de renfermé, de papiers, d’after-shave, de parfums mal dosés, puis j’ai ouvert la porte et je suis sortie de l’immeuble. Et j’ai ressentie un sentiment de liberté, comme quand je séchais les cours au lycée pour aller au café avec les copains, la culpabilité en moins. L’impression de respirer à pleins poumons, après une longue période d’apnée. L’impression que les gros doigts de l’entreprise avaient enfin desserré leur étreinte de mon petit nez, pour le laisser respirer à sa guise…  

mercredi 2 janvier 2013

Bonne année ! allez, pour une fois, on s'embrasse ?

Texte utile pour une fois, à lire avant que la horde de tes collègues ne débarque pour te biser la joue... Cette liste est non exhaustive, si tu as des idées, exprime toi.

1/  le grand classique, évoquer la maladie familiale : "mon fils a une gastro, mon mari et mes enfants ont la grippe, le chat n'arrête pas de vomir..."
Avantage : en plus d'éviter la bonne biz, un large périmètre de sécurité sera mis en place, tu seras tranquille pendant plusieurs jours.
Inconvénient : il y en a toujours un qui va te dire "on peut s'embrasser quand même, chez moi c'est pareil!". Et là, en plus de la bonne biz, tu récupères les miasmes...

2/ plus pointu, l'herpès. L'herpès fout la trouille, la personne reculera d'au moins cinq pas, en grimaçant.
Avantage : personne ne tentera le "c'est pas grave, on s'embrasse quand même".
Inconvénient : la rumeur d'entreprise est fourbe, ton pseudo herpès labial, peut vite se transformer en herpès génital, avec moult détails sur la façon dont tu l'as choppé. 

3/ simuler un appel téléphonique : "Oh tiens mon téléphone vibre, je suis désolée, je dois vraiment prendre cet appel... mais on se revoit vite !"
Avantage : donner l'impression d'être overbookée dès le lendemain du réveillon, d'être à fond à fond.
Inconvénient : difficile d'argumenter un second appel quand ton téléphone se met à réellement sonner alors que tu es en pleine conversation simulée...

4/ arguer l'argument humanitaire : "Je ne souhaiterais la bonne année que lorsque le monde entier pourra la fêter avec le sourire".
Avantage : tu es une personne engagée, une personne investie, tu crois en tes idées.
Inconvénient : tu viens de flinguer l'ambiance bon-enfant de tout le monde, rabat-joie va.

5/ avouer son scepticisme : "moi, le nouvel an, je n'y crois pas."
Avantage : le temps que la personne intègre cette réponse, tu auras eu le temps de te barricader dans ton bureau.
Inconvénient : tout le monde pense que tu es barrée. tarée. ailleurs quoi.

6/ remettre les choses au clair sur les rapports en entreprise " nous sommes collègues, je ne voudrais pas que cet acte créé un précédent, je préfère que nous en restions à des rapports distants".
Avantage : tu n'auras plus jamais à faire la biz à qui que ce soit. Ni à participer aux pots de départ, d'anniversaire. Ni à participer à aucun conversation.
Inconvénient : tout le monde pense que tu es psychorigide, voire frigide.

7/ dire la vérité "non, mais vraiment Patrick, tu penses sincèrement que j'ai envie de démarrer l'année en te faisant la bise? ça n'a rien à voir avec les mocassins à glands, le gilet tricoté sans manche, la cravate mickey. Ce n'est même pas une vengeance pour toutes les fois où tu me mates le cul et les seins dans le couloir, pour ces précieux moments où tu me frôles dans l’ascenseur. Mais là, j'ai encore la dinde, le foie gras, la bûche et le champagne en haut du gosier, alors si je dois respirer de plus près l'odeur qui s'échappe de ta bouche, bouche qui aurait aimé comme bonne résolution le brossage de dents au moins hebdomadaire, je sens que je vais dégueuler sur la moquette. Et je n'aime pas vomir au travail. Sans rancune, hein !"
Avantage : tu as été franche, tu as évité la bonne bise sans feinter.
Inconvénient : tu es méchante et tout le monde le sait maintenant.

Bonne année ! allez, pour une fois, on s'embrasse ? 












vendredi 30 novembre 2012

Les petites rencontres.



Comment nous sommes nous rencontrés ? nous sommes nous déjà rencontrés ? peut-être pas physiquement, et peut être même pas du tout. Combien de personnes rencontrons-nous chaque jour ? et toutes ces rencontres peuvent-elles vraiment être qualifiées de « rencontres » au sens strict du terme. La définition du mot « rencontre » peut tout englober : « Une rencontre désigne le moment où deux ou plusieurs personnes se réunissent ensemble à un endroit particulier, soit fortuitement, soit de manière concerté via un rendez-vous ». Prenons aussi en compte la rencontre professionnelle, la rencontre sportive, la rencontre des éléments, des objets…
Que peut-on qualifier de vraie rencontre ? La rencontre avec tous les gens qui partagent nos vies ? La première rencontre. La toute première de notre vie, celle où pour la première fois, on croise les regards tout embués de ceux que l’on entendait parler depuis des mois, à l’extérieur. Cette rencontre là, qui chamboule tout sur son passage.
Et puis nos amours, nos amis, nos connaissances, ceux qui restent, puis ceux qui vont et viennent. Les rencontres fugaces mais qu’on n’oubliera jamais. Les rencontres qui durent, qui se renouvellent chaque jour, chaque semaine et que l’on accueille avec toujours autant d’enthousiasme. Les vieilles rencontres, celles qu’on oublie, mais qui se ravivent instantanément, dès les premières secondes, et  que l’on reprend au même endroit sans effort. Les rencontres terminées, classées, celles qui se sont finies dans un conflit ou une lassitude. Celles-ci peuvent laisser de traces indélébiles ou non. Elles peuvent n’être qu’une manifestation du cours de choses : les rencontres se font et se défont, parfois avec peine, parfois avec mépris, parfois avec indifférence. Les vilaines rencontres, celles que l’on voudrait ne jamais avoir faites, que l’on rejette loin au fond de notre esprit, dans l’espoir qu’elles s’en échapperont un jour.
Et puis il y a les rencontres avortées. Celles que l’on aurait voulu faire durer toute la vie, mais que l’on a pu goûter que quelques mois, quelques années. Juste le temps de s’habituer à la chaleur, à la douceur, au bonheur. Ces rencontres là, elles restent gravées en soi. Elles sont chaudes et froides en même temps. Chaudes, par le réconfort des beaux souvenirs, des moments, des voix, des odeurs. Puis froides, par la cruauté de la douleur que le manque nous fait ressentir. Encore et encore.

Et puis, il y a les petites rencontres. Celles que l’on fait tous, tout au long de la journée et qui vont, d’une façon ou d’une autre en modifier le cours, ou tout du moins, la façon dont nous allons l’appréhender. Ces petites rencontres insignifiantes et qui pourtant, selon notre humeur vont avoir un impact plus ou moins important sur notre vie. Le grand sourire de la vieille dame toute sèche que vous laissez traverser. Le costard-cravate qui vous tient la porte de sortie du parking. La boulangère qui vous dit « je vais plutôt aller vous chercher les petits pains tout chaud qui sortent du four ». Mais aussi, le chauffeur de taxi qui ne lâche plus son klaxon, le regard hagard, la bave aux lèvres parce que vous avez eu l’outrecuidance de vouloir changer de file de voiture. La tailleur-jupe qui accélère et vous coince contre le mur pour se garer à LA place où elle se gare tous les matins. Le chauffeur de bus qui préfère écraser trois personnes en hurlant plutôt que de s’arrêter devant un passage piétons. Votre patron qui ne vous salue pas en vous croisant dans l’ascenseur, et qui, remarquant sa bévue, lève la tête de son Iphone, vous gratifie d’un joli sourire carnassier avant de vous souhaiter une bonne journée en se trompant de prénom. Cette rencontre là aurait pu se conclure par un propos imagé mais très déplacé, par une larmichette pour cette énième humiliation du matin, mais j’ai décidé de l’effacer de mon disque dur interne et de la remplacer par les paroles de la dernière chanson entendue avant de couper le contact de la voiture « Un tout petit détour, où chacun dépose, ses souvenirs des belles choses… ».


lundi 19 novembre 2012

Où placer le curseur le la dignité ?



La base cette interrogation m’est venue lors mon entretien avec mon responsable, cet entretien qui vise à t’annoncer si tu as ou non décroché augmentation ou prime cette année. En règle générale tu le sais très rapidement. Si c’est oui, le manager ne va pas forcément prendre des heures pour te l’annoncer, c’est un cas facile pour lui, il sait qu’il va plus ramer avec les autres membres de l’équipe qui eux n’ont rien, il ne va donc pas perdre son temps avec le grand gagnant. Avec un peu d’entrainement, tu peux savoir dès le pas de la porte ce qui t’attend. A la tête de la personne en face de toi, à sa façon de te saluer, de te présenter la chaise pour t’asseoir, d’entamer la discussion.
Alors que j’étais assise depuis dix bonnes minutes face à mon responsable, à l’écouter réciter un discours fort bien argumenté je dois l’admettre, je me demandais comment  réagir avec dignité à ce nouvel affront. Les arguments avancés reposaient sur trois points : l’entreprise a des difficultés en ce moment, vous n’avez pas « sur - performé » cette année, et vous avez déjà un salaire honorable par rapport à vos collègues.
Concernant la situation de l’entreprise, c’est fou comme la crise peut être un bon argument pour tout un tas de situations : donner de toutes petites étrennes aux éboueurs qui te balancent ta poubelle violemment contre le mur de ta maison quand ils ne la laissent pas tout bonnement au milieu de la route, ou abréger l’appel téléphonique du vendeur de vérandas/fenêtres/pompes à chaleur, par exemple. Argument pratique mais moche quand il se retourne contre vous. Parce que c’est bien cet argument là que ce gentil monsieur est en train de me servir en introduction. Les temps sont durs, nous devons tous être solidaires, l’entreprise peut se sortir de cette mauvaise passe mais il faut que chacun y mette du sien, et que tous se soutiennent mutuellement. Son soutien à lui pourrait peut être commencer par me prêter au choix, sa voiture de fonction, son téléphone de fonction ou bien alors me faire le plein une ou deux fois par mois avec sa carte pro. Ce serait déjà un bon départ de solidarité inter-entreprise, mais là n’est pas le propos me dirait-il sûrement. 

SurPerformeuse, SurPerformeuse, ah oui c'est moi...

Et puis, de toute façon, je n’ai pas surperformé. La surperformance est un terme difficile à cerner, même pour ton manager. Posons-lui calmement la question de ce que cela signifie concrètement, qu’il l’illustre par un exemple, et nous verrons que la non surperformance peut revêtir des formes insoupçonnées. Un dossier bouclé dans les temps, un évènementiel réussi, les objectifs remplis constituent une performance mais en aucun cas une surperformance. On surperforme lorsque l’on va au-delà des demandes de notre hiérarchie, lorsque, transcendée par un professionnalisme rarement égalé, nous anticipons, nous rendons nos dossiers avec deux jours d’avance, nous réalisons les tâches avant mêmes qu’elles ne nous soient confiées, que telle une tornade d’efficacité nous résolvons tous les problèmes avant même qu’ils ne se posent. Attention tout de même que votre surperformance ne vienne pas empiéter sur la performance de notre supérieur, ça, ça ne se fait pas.


Et puis, de toute façon, j’ai un salaire honorable par rapport à mes collègues. Cette affirmation ne repose que sur l’absence totale de confiance entre collègues et le tabou qui entourent le salaire : personne ne divulgue à personne son salaire dans une même direction. Et quand certains brisent le tabou et viennent poser directement la question «  et toi, tu gagnes combien ? tu as eu combien de prime ? ta dernière augmentation date de quand ? », On peut apercevoir cette expression familière de grand moment de solitude sur le visage, qui exprime non pas l’hésitation de se dire si nous allons ou non répondre sincèrement aux questions posées, mais plutôt à l’élaboration vitesse grand V du mensonge éhonté que nous nous apprêtons à formuler. Le supérieur se base donc sur cette vérité pour se permettre d’affirmer notre haut niveau de salaire par rapport aux autres parce qu’il sait que nous ne pourrons vérifier ou du moins, obtenir une information fiable.
Au bout de plusieurs longues minutes d’un monologue uniquement ponctué par mes hochements de têtes et quelques acquiescements murmurés, la parole allait m’être donnée. Après la conclusion de mon responsable, qui se terminerait inévitablement par un « vous comprenez donc bien que nous ne pourrons vous octroyer aucune augmentation ou prime cette année et vous m’en voyez désolé », j’allais pouvoir exprimer toute ma frustration, mon écœurement face à cette situation.  J’avais en tête la date de ma dernière augmentation, les différents dossiers où j’avais pleinement réalisé mes objectifs, j’étais prête à contre-attaquer sobrement, plein de dignité.
Car l’idée n’est pas non plus de perdre tout sens commun et de céder à la facilité. Par exemple, se mettre à pleurer, supplier, pire, tenter d’attirer la pitié en citant le nombre de bouches à nourrir, l’otite du petit dernier à soigner, le montant des impôts à payer, est tout de suite catalogué comme un grand manque de dignité. Flatter peut être une alternative, sauf quand cela n’intervient que lors de cet entretien. Un petit compliment sur la cravate ne peut pas faire de mal, mais inutile de vous adresser à votre responsable par un « votre grandeur » ou « maître », qui de plus pourrait être mal interprété. Je passe sur les différentes formes de soudoiements possibles, du monétaire au sexuel, toute once de dignité y est improbable. Le chantage peut être une option,  mais autant dire qu’il faut avoir en sa possession du lourd, du très lourd pour s’embarquer dans ce chemin, avec sans dignité d’ailleurs.
Mais la dignité est-elle nécessaire ? Ne peut on pas tout simplement l’oublier, se jeter aux pieds de son chef adoré, laissant échapper quelques larmes si c’est pour obtenir un petit mieux financier chaque mois ? Ne pourrait-on pas arriver à son entretien avec quelques petits gâteaux « maison » juste pour témoigner de son admiration inconditionnelle ? Proposer un massage des épaules, parce que oui on le sent tendu tout de même, c’est normal avec toutes ses responsabilités, est-ce vraiment une tentative de « promotion canapé » ?
Et puis d’abord, est-ce que les gens autour de nous ont de la dignité tout le temps ? Comment conserver sa dignité lorsque l’on doit ramasser la crotte chaude de son chien devant les regards dégoutés des passants ? Comment rester digne face à ce collègue qui se trompe de prénom en vous interpellant alors qu’il vous côtoie depuis des années ? Garder la tête haute lorsque le talon de son escarpin se coince entre les pavés du trottoir et vous fait faire une figure digne de « Danse avec les stars » (notez la référence, merci) ? Pourquoi devrais-je tout faire dans la dignité moi ?!
La vieille dame qui nous passe devant à la boulangerie, elle en a de la dignité ?  La minette qui nous fait une queue de poisson en voiture et qui en plus nous engueule ? Le père de famille qui pique une pochette pleine de jeux de DS alors qu’il voit l’enfant à qui elle appartient jouer à 2 mètres ? Le défenseur de l’ordre moral qui n’hésite pas à sauter à pieds joints sur une femme nue ? Mais je m’égare …
Au moment de prendre la parole, un doute m’assaille et je demande à mon responsable s’il veut bien répéter sa dernière phrase, car elle ne correspond pas à ce que j’attendais. Il m’octroie une prime. Youpla direz-vous mais attendez la suite. Son montant est de 50€. Brut. Soit 32€ nets. Si mon curseur de dignité était placé très haut, je lui aurais sobrement répondu que je le remerciais chaleureusement de cette distinction, mais que je préférais qu’il garde sa prime parce que son montant astronomique risquait de me faire sauter une tranche d’imposition. Sauf que, comme mon curseur de dignité est depuis bien longtemps au niveau zéro dans mon milieu professionnel, mais que par contre mon curseur lâcheté est au beau fixe, j’ai juste murmuré un merci, avant de m’éclipser vers la machine à café, pour crier, pas trop haut et pas trop fort, que c’est tout de même un scandale de proposer des primes aussi ridicules, que c’est limite un manque de … dignité.

jeudi 25 octobre 2012

Power Rangers force Rouge Ou Dois je synchroniser ma vie virtuelle et ma vie en vraie, et si oui, comment ?



Vaste sujet cet après-midi autour de la soupe de tomate du gouter (récession alimentaire oblige). En réalité, cela n’a pas été formulé comme ça par la personne concernée, elle a plutôt dit « il y a une vieille copine à moi qui m’a virée de sa liste d’amis sur FB, je lui envoi un mp (message privé pour les ermites ou réfractaires) d’insultes ? ». En bref, une de ses connaissances dans la vraie vie de tous les jours l’a supprimée de sa liste d’amis facebookiens. Et là, légitimement, elle s’interroge. Est-ce une erreur technique ou y a-t-il une raison particulière ? surtout que ma collègue n’a pas franchement envie de décrocher son téléphone pour demander à l’intéressée « hey dis, pourquoi tu n’es plus ma copine sur FB ? ». Tout le monde ironise autour de nous, n’empêche que ça rappelle des souvenirs de cours de récrée, où les fameux « t’es plus mon copain, t’es plus ma meilleure amie » sonnaient le glas d’amitiés solides datant d’au moins quinze jours. Sauf que, dans le monde des adultes, on dit rarement à quelqu’un « t’es plus mon copain », on a grandi, on a  muri. En fait quand quelqu’un nous insupporte, on s’éloigne, on l’évite, on met de la distance et on espère qu’il comprendra tout seul.
Avec notre ami facebookien, la peur enfantine du « t’es plus ma copine » resurgit. L’angoisse de l’élimination pure et simple, ni vue ni connue nous guette tous. Parce qu’en plus, FB ne vous prévient pas, il n’est pas si vilain que ça. Tu peux en fait supprimer qui tu veux sans que la personne ne le sache, soit sans explication. Et inversement, tu peux être radié sans même t’en apercevoir. C’est moche. Mais pratique, tu peux virer discrètement le collègue que tu as accepté il y a quelques mois parce que tu n’as pas eu le cœur d’ignorer sa demande, ou parce que tu voulais augmenter ton nombre d’amis, petit sournois. Et pif paf, l’ami débarqué se voit rayé de notre vie facebookienne, ne peut plus admirer nos photos, connaître les détails de notre vie, savoir que nous avons besoin d’une éponge magique pour combattre le dragon gardien du passage secret du niveau 3. La loose quoi.

Ma collègue nous confie tout de même au bout d’un moment qu’elle avait un peu vu le coup venir : la dite personne avait publié un texte sur sa déception du comportement de certains et sur le fait qu’elle allait bientôt « faire le ménage » dans ses amis. Allez, avouons, nous avons tous déjà lu ce type de message sur certains profils de nos amis : celui s’adresse à tout le monde et personne, qui est plein de sous-entendus que personne ne comprend. Et là deux catégories de personnes apparaissent : ceux qui s’en foutent, et les paranos, ceux qui se demandent ce qu’ils ont bien pu faire (même si ils n’ont plus croisé la personne depuis dix bonnes années) et qui surveillent frénétiquement leur nombre d’amis pour voir si le couperet va tomber sur eux ou non.





Mais peut-on réellement « supprimer » un ami de sa vie ?
Le problème est peut être juste dans le langage employé. « Ami » : proche, intime, personne à qui l'on est lié par amitié, avec qui l'on a des affinités. La définition est vaste et surtout très subjective puisque chacun retrouve des qualités qui lui sont propres dans l’amitié. Parce que sois honnête, les collègues de travail dont tu as eu la faiblesse d’accepter l’invitation seront-ils un jour des Amis ? la copine de CE1 perdue de vue depuis 30 ans ? le petit neveu de ton poto Polo ? hein ? FB a commencé à entrevoir le problème puisqu’il a créé des listes où tu peux être relégué à une simple « connaissance ». Ça correspond déjà beaucoup plus aux liens que tu entretiens avec 75 % de tes amis facebookiens. Tu peux également limiter le contenu de tes publications, créer des groupes bloquant tes publications à certaines personnes de ta liste d’ « Amis ». C’est légèrement plus lâche que la suppression pure et simple, c’est un tout petit peu plus discret, mais il ne faut pas se leurrer, si la personne visite ton profil et voit qu’elle n’a plus accès à aucune  de tes informations, elle doit bien se douter qu’elle est en transit vers la sentence suprême. Elle est en quelque sorte en partance … disons que c’est pour la ménager, tu agis par paliers.

Jusqu’ici ma collègue a tout bien intégré, elle est d’accord avec nous sur le fait que ce n’est pas bien grave même si on la sent vexée comme un pou. Cependant, elle a une interrogation plus importante et légitime : « et dans la vraie vie, concrètement ça donne quoi ? ». Et effectivement, que se passe-t-il lorsque l’on croise la personne fraîchement radiée ou celle qui nous a sciemment écarté de sa vie en vrai de vrai, physiquement ? quand on tombe par hasard sur elle au rayon légumes du Monop’ ? On s’ignore ? on se salue poliment ? J’imagine que l’on ne se bisouille pas … mais comment savoir ? dois-je consulter ma liste d’amis facebookiens avant chaque sortie histoire de ne pas commettre d’impair ?
D’autres personnes se sont déjà posé la question. Sur FB même il y a des groupes comme « Demander à FB l'option pour savoir qui t'as supprimé de sa liste d'amis » ou « Pour que Fb ajoute "**** vous a supprimé de sa liste d'amis" », des applications à télécharger te scannent ta liste d’amis quotidiennement et dénoncent le vilain qui t’a supprimé la veille, discretos à 23h15… Mais tout ceci ne nous explique en rien comment l’appliquer dans la vraie vie. Nous avons donc planché ce jour devant la machine à café pour mettre en place une application de synchronisation entre ta vraie vie et ta vie sur le net. Un peu à l’image de la sacro-sainte synchronisation du blackberry et de ton poste de travail… mais si, tu sais, cette brave synchronisation qui t’a permis à maintes reprises de ne pas t’attirer les foudres de l’auteur du mail auquel tu n’avais pas répondu dans les temps « c’est encore la synchro avec mon black qui ne s’est pas faite, je n’ai pas eu votre mail, pffff….. ». Il existe déjà un moyen de synchroniser toutes les informations présentes sur tous les réseaux sociaux, il faut juste étendre à la vie en vrai, je ne vois pas où est la difficulté.
Dans la définition de suppression il y a : « abolition, abrogation, absorption, annulation, bannissement, cessation, confiscation, coupure, destruction, disparition, effacement, levée, privation ». Nous ne retiendrons ni bannissement (c’est rude quand même), ni absorption (je ne veux absorber personne moi et encore moins être absorbée…) mais plutôt « effacement, disparition ». Donc, voici le principe : celui qui est à l’origine de la suppression doit tout faire pour disparaître physiquement de la vie de l’autre, il doit « s’effacer ». Charge à lui donc de se cacher lorsqu’il aperçoit le supprimé. Planqué derrière son conjoint, accroupi le long d’une voiture dans un parking, collé à un arbre dans un parc, n’importe quelle solution doit être envisagée. N’apparaissant plus non plus dans votre vie réelle, la suppression de l’ami facebookien prend tout son sens, ce n’est plus seulement une petite lâcheté ramenée de la cour d’école mais bien un vrai moyen de gérer efficacement ses relations avec autrui. Bref, Parker Lewis avait sa synchronisation des montres, les Powers Rangers leur synchronisation des couleurs, nous aurons notre synchronisation amicale facebookienne/tavieenvrai… Qui vote pour ?

vendredi 12 octobre 2012

En vacances j’oublie tout, ne plus rien faire du tout…

Bref, moyenne patate ce matin. Heureusement, c’est le jour de parution des différentes offres de voyages du comité d’entreprise, les discussions autour de la machine à café vont pouvoir se diversifier un peu, et ne plus tourner exclusivement autour de Masterchef et de la personnalité plus que contestée de Ludo, comme tous les vendredis matins. Ce matin nous parlons donc soleil, croisières ou pas croisières, circuits ou pas circuits, enfants ou pas enfants… Nous discutons météo, trajets, animations, paysages. Puis quand nous avons épuisé tous les sujets politiquement corrects, et que le stagiaire du deuxième, qui est également le fils d’un collègue des ressources humaines se décide à regagner son bureau, nous entamons la vraie discussion : qui part avec le voyage du CE, pourquoi s’infliger une telle horreur et quels sont les dossiers en cours. C'est-à-dire, lesquels de nos collègues sont marqués au fer rouge pour avoir, au choix ou cumulé, vomi dans la piscine, s’être engueulés avec son conjoint en pleine « animations-apéros », enfantés des démons qui ont gâché le séjour de toutes les personnes présentes. En général, la liste noire est connue de tous, mais il y a toujours des détails qui réapparaissent, véridiques ou inventés d’ailleurs, si bien qu’une histoire datant d’une bonne dizaine d’années peut continuer à alimenter les conversations de machine à café encore aujourd’hui. Une fois que nous nous sommes gaussés sur les malheurs de nos petits camarades, vient le fameux débat des adeptes contre les allergiques des voyages du CE. En fait, la question est de savoir si, pour pouvoir bénéficier de superbes voyages très bien organisés il faut le reconnaître, vous êtes prêt à supporter vos collègues en maillot de bain au bord d’une piscine, en short durant une randonnée, ou en espadrilles et débardeurs dans le bus qui vous mène d’escale en escale … Et inversement, êtes vous prêts à dévoiler le vacancier qui se cache en vous à toute l’entreprise. Parce que l’adage « ce qui se passe en vacances reste sur le lieu de vacances » est totalement faux, soyez lucides. Toute attitude sera analysée, débattue et communiquée. Et ne pensez pas que chacun est là en vacances, sans se soucier des autres et que vous aurez juste à vous isoler avec votre famille. Cette attitude de paria va vous suivre dans votre quotidien professionnel : vous qui les avez snobé, qui avez été hautain, qui ne vous êtes pas « intégré ». Pour éviter toutes représailles, vous devrez donc faire table commune, activités communes, transats communs… évitez chambre commune, là ça peut créer d’autres représailles et d’autres ragots.
Doux mois d’octobre et son ciel oscillant désespérément  entre le gris-gris et le gris-jaune, plaçant le plafond nuageux à 2m50 du sol… doux mois d’Octobre où l’excitation de la rentrée s’est totalement évanouie pour laisser place à la lassitude et la fatigue. Doux mois d’Octobre où les jours raccourcissent, les nuits s’allongent avant le fatal changement d’heure (28 octobre cette année, ceci était une pause informative) qui nous fait sombrer dans les abysses de l’obscurité subie au départ ET au retour du boulot.
Cependant, s’il n’y avait que vous, ça pourrait encore être jouable : vous faites semblant toute l’année, pas compliqué de le faire aussi pendant les vacances. Il faudra juste remplacer votre bikini léopard, par un maillot de bain une-pièce bien gainant, et ne picoler comme un trou que dans votre chambre et non au bar où vous risquez de finir en vedette de la soirée karaoké grâce à votre solo sur « Etienne, Etienne, Etienne » de Guesch Patti (ici pour les incultes). Si vous êtes affublé d’une famille, il faudra maîtriser conjoint et enfants, et là soyons clairs, c’est peine perdue.
Ne reste plus qu’à envier secrètement ceux qui participent au voyage du CE, sincèrement contents de partager tous ces bons moments avec leurs collègues, sans avoir peur d’être eux-mêmes durant le séjour. Mais pour vous venger un peu, rien ne vous empêche de mandater un traitre, qui vous racontera dans le détail toutes les situations embarrassantes, ragots, que vous pourrez ensuite allègrement partager à leur retour, dans quelques mois à cette même machine à café… 


jeudi 4 octobre 2012

Nanananananana, nananananana, nananananananananaanananaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaa



Réunion de crise à la pause café de 10h30. Ma copine du 3ème et moi discutons sur le manque de communication autour d’un fait majeur du petit écran : Brad Carlton est mort et tout le monde s’en fout. Je suis sûre que toi non plus tu n’étais pas au courant. Pire, peut être ne le connais tu pas. Alors je situe, Brad Cartlon est, enfin était l’un des personnages cultes des « Feux de l’Amour », fameux soap diffusé sur TFI depuis des lustres. Brad, le beau jardinier qui au final est devenu un grand homme d’affaires est mort en secourant Noah, le fils de Sharon et Nick, tombé dans un lac gelé. On sentait bien ces dernières semaines que ça n’allait pas fort pour lui, mais de là à le tuer dans un lac gelé !
Pendant que ma copine et moi dissertons sur l’affront fait aux fans d’avoir tué ainsi un personnage important, je vois que le type venu prendre sa pause café lui aussi, nous écoute attentivement, un petit sourire aux lèvres. Il doit comprendre à mon œil mauvais qu’il n’est pas de bon ton de tenter la blagounette ce matin, et ose une phrase sympathique d’intégration à la conversation « je connais ce feuilleton, ma grand-mère regardait quand j’étais petit ». Erreur, grave erreur, dans cette phrase, trois motifs de vexation : 1/ c’est un feuilleton pour les mamies ; 2/ quand j’étais petit, donc c’est vieux très vieux, en fait vous êtes vieilles, 3/ moi je ne regarde pas je suis au de dessus de tout ça.

Toisage, de mon regard le plus agréable, accompagné de cette question « et toi, c’est quoi ta tare télévisuelle ? on en a tous au moins une, alors vas-y balance, et ne te contente pas d’un « Tellement vrai » ou « tous différents » ça ne compte pas ».  Devant nos visages déterminés, le jeune homme se met à chercher un truc un peu limite mais tout de même pas trop dérangeant pour sa réputation dans l’entreprise. Je le sens passer en revue dans sa tête tous les feuilletons pour ado qu’il mate encore sur les chaînes de la TNT (Beverly Hills, Melrose place, Hélène et les garçons…), les émissions de télé – réalité qu’il regarde en se marmonnant à lui-même « mais qu’est ce que c’est con » pour se rassurer (L’île de la tentation, Secret Story et les Chtis n’importe où dans le monde pourvu qu’ils soient sous titrés…), et des émissions de classement de n’importe quoi  ou l’ensemble des émissions de Patrick Sébastien (Et on fait tourner les serviettes …). Au final, il rougit, bafouille, puis finit par bredouiller « je regarde les redif de « l’Amour du risque » depuis quelques semaines ». Silence dans la salle, nous avons promis de ne pas nous moquer. Je fais vite le parallèle pour relancer le débat. Tu vois, lui dis-je, le décès de Brad, c’est un peu comme si « Février » (le chien de Jonathan et Jennifer, bande d’incultes) était mort sans que personne n’en parle. Il convient avec moi que c’est moche, et me demande ce que ça raconte exactement les « Feux de l’Amour ». Je lui paye un second café pour qu’il tienne le coup et me lance.
Déjà ce soap, c’est la négation totale de toute cohérence temporelle, géographique ou générationnelle. J’entends par là que chaque personne dispose de son propre espace-temps, où il va pouvoir évoluer à sa guise. Les enfants par exemple passent très rapidement à l’adolescence, puis à l’âge adulte ; tout ceci sans que les personnes autour ne vieillissent. Ce qui fait que des relations amoureuses vont naître entre des personnages qui à la base avaient une bonne trentaine voire quarantaine d’années d’écart. Ce procédé est même reconnu dans le monde des soap, et se nomme le SORA : Soap Opera Rapid Aging syndrome.
Chaque personnage compte au moins trois mariages à son actif, nettement plus lorsqu’il s’agit des personnages « principaux ». Il y a également beaucoup d’enfants. Enfants cachés, reconnus, pas reconnus, que c’est toi le père mais en fait non, mais en fait si, mais non c’est ton frère aaaahh. Cela peut donner des intrigues sur plusieurs années. Le coup des jumeaux/sosies marche très fort aussi. Et puis les morts qui sont morts mais en fait non ils n’étaient pas morts. Les valeurs qui ressortent de ce soap sont la famille, l’argent, le pouvoir, la morale (quand même hein, on ne fait pas n’importe quoi non plus), et l’amuuuurrrr. Le pardon aussi est très présent sans être nommé. Certains personnages ont des trajectoires de vie assez surprenantes. Par exemple un avocat qui au début de ses apparitions était un dangereux criminel qui avait pris une femme en otage et l’avait séquestrée pendant des jours… et bien aujourd’hui, c’est le poto de tout le monde ! Ils pardonnent tout dans les feux de l’amour. Et puis l’histoire est élastique : tu peux regarder une fois, puis reprendre trois mois ou trois ans après, a priori tu retomberas sur les pattes quand même… seul soucis, le changement d’acteur qui peut arriver n’importe quand et où personne ne te préviens, et là une astuce : la voix ne change pas elle.

Pour en revenir à l’histoire, on peut dire que c’est en gros deux familles qui s’affrontent dans les affaires : les Abbot avec John le Patriarche décédé depuis plusieurs années mais qui fait régulièrement des apparitions en tant que sosie ou fantôme, et les Newman avec Victor, le chef des chefs, avec ses t-shirts noirs moulants et sa moustache. Et puis il y a aussi les Chancelor, et d’autres personnages phares qui ont TOUS un lien entre eux, c’est prouvé.
Me voilà donc lancée dans une explication des mariages et divorces et remariages, etc… mais je sentais que je perdais mon collègue. Nous avons donc décidé que ce thème méritait plus qu’une pause café, nous avons donc réquisitionné une salle de réunion, dotée d’un paper board. Au bout d’à peine 1h30, pile pour l’heure du déjeuner, nous avions élaboré un joli schéma, permettant à n’importe quel novice de s’y retrouver sur les principales interactions entre les personnages. Et comme je ne te sens pas prêt à lire ma prose pendant des heures sur ce thème voici le schéma qui t’aidera. Et pis, c’est un peu mon petit hommage perso à Brad .



vendredi 28 septembre 2012

Il était une fois ... Le Troll voleur de chaussettes.



Avez vous déjà entendu parler du troll voleur de chaussettes ? C’est un petit être étrange, d’environ 15 centimètres de hauteur, avec un gros nez, de grandes oreilles et de très grands pieds. Il a toujours très froid et pour s’en préserver, il porte un grand chapeau, une grosse culotte, une longue écharpe, et une multitude de paires de chaussettes.
Le troll voleur de chaussettes  se cache dans des endroits stratégiques : derrière la machine à laver ou le sèche linge, au fin fond du panier à linge, entre deux tiroirs de la commode ou même parfois dans les sacs de sport. Il se cache, se terre, attend.
Patiemment, prudemment, méticuleusement, il attend. Il attend de pouvoir apercevoir, entrevoir, voir l’objet de toutes ses convoitises. Une fois repéré, il épie, guette, surveille le moment propice. Le moment où il pourra s’emparer de son butin. Aussi, doucement, tranquillement, calmement, il se faufile, repère sa proie : une petite chaussette d’enfant, taille 26-27 à vue de nez, vient de chuter du panier à linge lors du transfert dans la machine. Elle se retrouve maintenant isolée, accrochée au fil électrique à l’arrière de l’appareil. Il fait noir, humide, elle sent une présence sans pourtant la localiser. Elle attend que la main bienveillante vienne la récupérer pour la remettre dans le grand tambour, mais ses espoirs s’envolent lors qu’elle entend le capot de la machine se fermer, le bouton du programme tourner… et c’est au moment précis ou l’eau jaillit dans la machine dans un bruit terrible qu’une petite main poilue la saisit, l’enferme dans un sac avant de détaler à toute vitesse.
Ça y est, d’un geste fluide, rapide et précis, le Troll s’est emparé de la chaussette. Une fois à l’abri des regards, il la sort de son sac, la déplie, l’examine. Elle est petite, elle ira très bien sur ses petits pieds. Il préfère les petites. Elles lui vont bien et lui réchauffent les pieds. Il y en a des un tout petit peu plus grandes ; celles-ci il les met sur ses oreilles, pour lui tenir chaud. Il y en a des très grosses, de très fines, des qui ressemblent à des petits filets, des qui sentent bons, des qu’il est obligé de laver maintes et maintes fois avant d’en faire disparaître l’odeur nauséabonde…
Le Troll voleur de chaussettes n’est pas méchant ; il ne mord pas, et fuit  dès qu’il entend un humain. Si il vole vos chaussettes, c’est parce qu’il a froid, très froid. Et quand il n’en a plus l’usage, il vous les redépose derrière la machine à laver ou au fond de votre sac de football… il est sympa au final ce Troll, il vous permet de répondre à votre époux, à vos enfants, lorsque ceux-ci, excédés à 7h32 du matin, une seule chaussette au pied, hurlent ces petites phrases sympathiques du quotidien :  « mais où elle est cette saleté de chaussette, qu’est ce que tu fous quand tu laves le linge ? tu fais exprès de les mettre séparément dans la machine ? …. » :
 « C’est pas moi, c’est le Troll voleur de chaussettes ; et sois aimable, sinon je l’autorise à inviter son cousin, le Troll voleur de slips… ».


mardi 25 septembre 2012

Partir un jour, sans retour, effacer, notre amour, sans se retourner, ne pas regretter, penser à demain recommencer…



Lorsque l’on passe dans une entreprise, il y a une arrivée et un départ. Quand je suis arrivée dans mon ancienne entreprise, un des premiers évènements que j’ai eu à organiser fut la célébration des départs en retraite de l’année. Chaque retraité ou futur retraité reçoit personnellement une invitation de la direction à une petite fête dans les locaux. L’entreprise met à l’honneur ses « seniors » avec cocktail et champagne, au cours d’une réception où leur supérieur hiérarchique va retracer la carrière de chacun, avec les faits marquants, soulignant les qualités de l’intéressé. Puis la conclusion de chaque discours présente à l’assemblée les perspectives de chaque nouveau retraité. A l’époque, j’avais été effrayée d’entendre que certains allaient se consacrer au jardinage, à la pêche, à la couture, à l’origami… du haut de mes 25 ans, et de mes deux années d’expérience professionnelle, je trouvais ça d’un déprimant, d’une tristesse de quitter un poste de manager, avec des responsabilités pour un petit bout de jardin. Neuf ans après,  j’aurais donné une bonne partie de ma collection de chaussures pour que l’on me demande de m’occuper de mon jardin plutôt que de venir bosser. Je me serais même mise au patchwork s’il avait fallu. (N’y voies aucune raillerie sur cette activité, juste que mes mains se transforment en deux mains gauches dès qu’elles approchent une aiguille).
Durant mon passage dans cette entreprise, il y a eu moult pots de départ. Les pots de départ collectifs annuels pour les personnes partant à la retraite bien sûr, mais aussi et surtout, les pots de départ individuels. Phénomène socialisant s’il en est, le pot de départ te permet d’évaluer ta notoriété dans l’entreprise. Comme les invitations aux goûters d’anniversaire quand tu étais enfant. L’invitation se fait par mail groupé, comme ça tu peux savoir qui est invité aussi, la personne indiquant l’heure et le lieu. Un autre mail suit en général, émis par la personne qui détient la fameuse enveloppe, dans laquelle chaque invité pourra déposer sa participation au cadeau commun. Et là, tout le monde, surtout le conjoint dit merci aux bons d’achat… J’ai assisté à plusieurs pots de départ. Pour certains de mes collègues qui avait une vraie opportunité de carrière, et même si je les appréciais beaucoup, j’étais sincèrement contente pour eux. Il y a ceux pour qui je m’en fichais pas mal, mais qui n’aurait pas sauté sur l’occasion d’un apéro gratos avec les copines ? Il y en a où je suis allée juste pour m’assurer que la personne partait bien. Je me rappelle très bien d’un pot de départ d’un grand N (ah oui, il faut que je t’explique les N). Un homme très imbus de sa personne qui a passé les ¾ de son discours à nous expliquer combien il avait fait gagner à l’entreprise alors que son salaire - mirobolant à la base, hein, vas pas verser ta larme – n’avait quant à lui pas évolué. Comme je savais qu’il avait du lui-même financer son pot de départ (oui, plus tu es un grand N et moins tu paye ton pot), je n’ai pas hésité à y aller. J’ai mangé tout ce que je pouvais, je me suis bien alcoolisée et le comble,  je n’ai pas mis un centime dans son enveloppe. Pire, il y a un pot de départ que j’ai boycotté. Je me suis fait taper sur les doigts parce que ce n’est pas une personne à laquelle on avait le droit de dire non, c’était mal. Mais je n’ai même pas cédé à l’appel des petits fours et du champ’, je n’ai pas mis de thunes dans l’enveloppe (en même temps, vu nos écarts de salaire, c’était plutôt à lui de me filer un chèque…) et je ne me suis pas pointée. On a fait un pot entre nous, pour fêter son départ, sans lui. Si tu veux connaître ton degré de popularité, le fait que les personnes organisent un pot pour fêter ton départ, mais sans toi, peut être un très bon indice.
Lorsque les conditions de travail se sont un peu tendues, l’atmosphère des pots de départ s’est légèrement modifiée. Certes nous nous réjouissions toujours des nouvelles opportunités pour nos collègues mais une pointe d’envie et de jalousie apparaissaient très nettement. Encore plus nettement lorsque la personne se voyait remettre en fin de soirée, des CV à transmettre à sa nouvelle entreprise « au cas où ». Le dernier pot de départ auquel j’ai assisté fut celui d’une vraie copine. Elle ne partait même pas en dehors de l’entreprise, juste sur un autre site. Mais là, j’ai versé toutes les larmes de mon corps alors qu’elle débutait seulement son discours…

Et puis il n’y a pas eu mon pot de départ. Le mien. Celui où j’aurais convié toutes les personnes avec lesquelles j’avais aimé travailler, que j’avais aimé côtoyer. Toutes ces gens avec leur personnalité plus ou moins en adéquation avec la mienne que j’avais vu tous les jours pendant près de neuf ans. Celles qui ont vécu avec moi au quotidien l’évolution de ma carrière, de ma vision du travail, de ma vie privée, qui ont vu mes grossesses, mes remplaçantes et mes retours au boulot. Toutes celles et ceux qui m’ont rendu la vie infernale, et puis celles qui m’ont épaulé lorsque j’ai touché le fond, qui venaient prendre de mes nouvelles, qui m’amenaient des goûters dans mon bureau. Je suis partie par la toute petite porte, sur la pointe des pieds (ou sur les genoux pour être plus exacte).
Mais la semaine dernière, j’ai tout de même réuni en tout petit comité quelques unes de mes anciennes collègues et amies pour un pot de « nouveau » départ. J’ai retrouvé avec plaisirs leurs rires et leurs sourires, écouté les histoires d’entreprise qui manquent tout de même lorsque l’on travaille seule. Cela m’a fait beaucoup de bien de les revoir toutes, cela m’a même réconciliée un peu avec l’entreprise, et je me dis qu’effectivement c’est bien aussi de ne se souvenir que des belles choses. Et puis j’ai eu un joli cadeau. Ou plutôt deux. Je te mets le deuxième en photo, parce que pour le premier je ne serais pas visible. C’est mon cadeau à moi pour toi, vas y moque toi, ça me fait plaisir.


jeudi 13 septembre 2012

De l’art de choisir le bon costume



La pause café de ce matin s’est révélée être placée sous le signe du défi. A peine ma pièce de 20 centimes insérée dans la fente, qu’un collègue me lance « tu arrives à bouger ton nez comme Samantha ? » devant le regard interrogatif de cinq autres personnes. Bien sûr que j’arrive à bouger mon nez comme Samantha, ma sorcière bien aimée, de la même façon que j’arrive à arrêter le temps en plaquant mes deux mains l’une contre l’autre comme dans la série « Loin de ce monde » rétorquais-je.  Comme personne ne semble connaître cette série (mais si tu sais, l’ado qui arrivait à arrêter le temps, son père était un extra-terrestre. Même grâce à ça, elle avait triché à un contrôle de maths et qu’elle avait eu de gros problèmes. Non toujours pas ?) et que tout le monde souhaitait que j’exécute le geste qu’ils tentaient tous de faire depuis un bon quart d’heure, me voici en pleine tentative de bougeage de nez. Si tu es normalement constitué, ça ne marche pas, hein, tu donnes juste l’impression de mal imiter un hamster ou un lapin nain.
Le grand questionnement qui suivit, fut, si nous possédions des pouvoirs magiques, que ferions-nous ? Et là en fonction des réponses, tu peux très vite identifier ceux qui se sont frittés avec leur conjoint le matin, ceux qui n’ont pas digéré le refus de priorité de la « pétasse en bagnole rouge », ceux qui ont du suer sang et eau pour déposer dans l’ordre et relativement à l’heure leur progéniture à l’école/garderie/crèche et ceux pour qui la journée de boulot a vraisemblablement mal commencé. Des envies de disparition soudaine de personnes devenues insupportables, au besoin de la dernière paire de chaussures nécessaire, au sac à main incontournable, ou au dernier gadget hitech, en passant par les différentes parties du corps à refaire, l’imagination collective est fertile. Dans ce genre de discussion, parfois, il y en a un qui plombe l’ambiance, en souhaitant la paix dans le monde et l’éradication de toutes les maladies, alors que toi, pauvre égoïste nombriliste, tu viens de déclarer que tu souhaitais pouvoir faire apparaître un éclair au chocolat juste en claquant des doigts… Heureusement ce matin, l’humeur est plutôt festive, et les souhaits se dirigent vite vers ce qui serait bon de changer dans l’entreprise. Moi je décide que j’affublerais les personnes que je n’aime pas d’attributs animaliers. Pas ceux auxquels tu penses, esprit perturbé. Plutôt des sabots à la responsable hautaine qui ne salue personne en dessous des N-3 (je t’expliquerai le coup des N, en gros plus tu en as au dessus de toi, plus tu es insignifiant), des oreilles d’âne au jeune diplômé d’école de commerce qui se la pète, et cri de mouton à chaque fois qu’un directeur ouvre la bouche.
Une fois épuisée toutes les possibilités, vient la question rituelle, celle qui apparaît régulièrement dans les repas, les apéros : et si on gagnait à l’Euromillions, là tout de suite, qu’est-ce qu’on ferait ? Parce qu’hypothétiquement, on ne se contente plus de gagner au loto, on voit grand, on est ambitieux, on gagne à l’Euromillions nous. Nous sommes tous ok, déjà on rembourse nos crédits par milliers, on achète baraques immense un peu partout, on voyage, on fait plaisir, on fait profiter. Et très vite, la question du boulot se pose. Que faire ? rester et glander ? partir du jour au lendemain ? racheter sa boîte et virer son boss, ou mieux, devenir son patron. Replacer toutes les personnes dans un autre ordre, une sorte de partie de chaises musicales géantes. Le directeur de la communication devient hôtesse d’accueil, qui devient DRH, qui pointera désormais au service courrier… Projet réjouissant mais difficilement viable en terme de rentabilité d’entreprise. La proposition qui remporte tous les suffrages est au final le départ précipité : même pas envie de récupérer ses stylos, ni la photo du petit dernier encadré qui trône sur le bureau. Tout le monde a comme référence la célèbre publicité du loto, et de cet homme avec une tête de canard chantant  « au revoir, au revoir, président … » devant son boss, visiblement ravi. Mais pour faire son petit effet, il faut bien préparer son intervention, il y a fort à parier que nous ne pourrons le faire qu’une fois. Sauf que la matinée est déjà bien avancée, que si nous continuons notre pause café, nous allons quitter en retard pour le déjeuner.
Après concertation, nous sommes repartis chacun dans notre bureau, avec pour la première fois de notre vie, des devoirs de machine à café.
Pour vendredi 14 septembre, première pause du matin : trouver le costume adéquat pour la déclaration d’abandon de poste lorsque la cagnotte de l’EuroMillions sera dans notre poche… 


jeudi 6 septembre 2012

Et voilà venir septembre….


Et ouais septembre, avec son lot de rentrée : rentrée des mômes, rentrée littéraire, rentrée des jupes et sandales au placard, pour enfin sortir les merveilleuses bottes et bottines, achetées sur ventes privées cet été au prix d’un réveil à 7h en pleines vacances. L’année passée, ma rentrée au bureau pouvait s’assimiler à ma rentrée en dépression. Pour un petit rappel des faits, tu clic . Je n’avais donc pas envie de ressasser les mêmes pensées déprimantes sur la rentrée, ni les mêmes fausses joies. Car non, tu ne peux pas t’acheter de nouvelles fringues de rentrée, tu rentres de vacances, tu es fauchée, et oui c’est super les mômes sont à l’école la journée mais il faut bien que tu t’en occupes encore le soir étant donné que ta suggestion d’un internat dès la petite section n’a pas remporté l’adhésion escomptée.
Bref, quelle rentrée pourrions nous évoquer ici pour être un tant soit peu originale et t’arracher un sourire me disais-je. Et là, un sujet s’impose à moi, violemment, la gastro de rentrée.
Parce que oui, il y a une saisonnalité pour cette jolie maladie et je trouve que l’on ne parle pas assez de cette rentrée de gastro, cuvée 2012. Ah ça pour aller harceler des mères de famille le premier jour d’école pour savoir ce qu’elles pensent des rythmes scolaires ou demander aux minus qui les accompagnent si ils ont bien acheté toutes leurs fournitures scolaires, il y a du monde. Mais pour parler du vrai sujet qui fâche, et qui va tous nous concerner à un moment ou un autre, il n’y a personne.
J’entends d’ici celui ou celle qui murmure « moi je dois être totalement immunisé(e) parce que je ne l’attrape jamais ». Toi tu es mignon, tu sors, tu reviendras la semaine prochaine, je promets de faire plus fleuri.
Parlons donc gastro. Ne fuis pas, je bannirai de ce texte tout mot pouvant te choquer. Le plus embêtant dans la gastro, outre le fait que l’ensemble de la famille va la chopper et que tu n’as pas fini d’éponger, de vider les bassines et de changer les draps, c’est qu’elle s’attaque à deux niveaux de ton (pauvre) corps. Certains n’auront que la version haute, d’autres uniquement la version basse. D’autres encore combineront les deux mais à intervalles suffisamment espacés pour pouvoir adapter sa position. Les moins chanceux combineront les deux et en simultané.
Mais la grande classe, c’est la gastro en dehors de ton domicile, et surtout, au boulot. Celle qui se déclenche vers 10h15, qui te surprend en pleine réunion, qui t’interrompt au milieu d’un rendez-vous en clientèle, qui te cueille au démarrage d’un séminaire ... Celle qui te fait utiliser une bonne dizaine de fois ces immondes toilettes, dans lesquels tu ne vas en temps normal que par extrême obligation. Ces toilettes que tu dédaignes pour leur étroitesse, leur tristesse et leur propreté douteuse. Celles là même que tu vas ruiner toute la journée, avant de guetter une accalmie pour pouvoir enfin tenter de rentrer chez toi.

Soit, la gastro est une maladie crade, et pour un billet de rentrée, c’est peut être un peu too much. Mais ne voyons pas que les mauvais côtés de la gastro. Non, je ne m’étendrai pas sur les deux ou trois kilos perdus. J’insiste surtout sur le côté « pratique » de la chose : la gastro est une des rares maladies, avec la grippe, pour laquelle PERSONNE ne te demandera si, tout  de même, tu ne peux pas faire un effort et venir quand même au bureau. C’est « La » maladie qui te permet d’éviter les bisous baveux et de prendre seule l’ascenseur. Même pas besoin de la revendiquer comme la tienne, il suffit de dire que tu penses que ton petit dernier ou ton mari la couve et hop, bond de trois mètres en arrière de ton interlocuteur, mise en apnée immédiate, fuite plus ou moins polie dans les dix secondes qui suivent et périmètre de sécurité respecté pour la semaine. Mais attention, la gastro est fourbe, si tu la simules, il y a de grandes chances que tu la choppes, c’est l’effet boomerang.
Par contre, une fois la gastro terminée, celle-ci peut se révéler très socialisante : que d’anecdotes à raconter à la machine à café. Si je t’assure, j’ai testé le sujet gastro et je peux te dire que tout le monde a sa petite histoire sur le sujet. En général, c’est arrivé au frère de la belle sœur mais c’est toujours très rigolo.  Et bien entendu, quand le moment sera venu d’identifier la personne qui a eu la gastro la semaine dernière à l’étage, monopolisant les toilettes toute une matinée, n’hésites pas à dénoncer un ou une collègue que tu n’aimes pas, ta supérieure, la jolie collègue toute mignonne toute fine devant laquelle ces messieurs se pâment, ou mieux encore, le président de ta boîte, un directeur, un haut placé. Parce que si nous sommes tous égaux devant la gastro, ça fait quand même plus marrer quand ça tombe sur les autres.


vendredi 13 juillet 2012

Pol, 2 Tourtels...

... avec une petite goutte de n'importe quoi dedans, pourvu que ce soit assez fort pour te coller les poils du nez quand tu le renifles au goulot. A quelques jours près, cela fera trois mois que j'ai renoué avec Pol. Je savais bien que ce ne serait pas du tout cuit, qu'il allait falloir être patient. Après dix ans de séparation c'est normal, surtout que c'est vrai que je n'ai pas pris trop de nouvelles, je n'ai même pas envoyé un petit mot quand il a changé de nom. Mais je ne m'attendais pas à faire face à autant de rancœur.
En trois mois, Pol n'a pas fait le mort, loin de là. Pol m'a écrit, régulièrement, trop. Pas des mots d'amour, non, Pol m'a écrit pour me demander de me justifier sur tout et rien. Il a fallu que je lui fournisse mes fiches de paie depuis début 2007. Puis deux semaines plus tard, il m'en a demandé trois supplémentaires. Trois. Après plusieurs semaines d'attente, il m'a envoyé un mail, pour me dire qu'il avait tous les éléments. La semaine suivante, il m'a réclamé un autre justificatif. Justificatif que je devais demander à sa cousine, la Cafe... Difficile de joindre un être humain chez Cafe, j'ai donc conversé longuement avec des serveurs vocaux.
Ne recevant aucune nouvelle de ma part (demander un justificatif à la Cafe en période de congés d'été revient à changer d'espace-temps), Pol s'est fâché et m'a envoyé une lettre de relance. Puis, comme pour bien me faire comprendre qu'il ne lâcherait pas l'affaire, Pol m'a convoqué à une session "d'information sur les services offerts par Pôle Emploi". Ça ressemble à une invitation sympa comme ça, mais non. Oubliés petits fours et accueil chaleureux, de toute façon si tu ne viens pas tu es radié, ultime menace proférée par Pol. 
Donc me voilà de bon matin, cherchant désespérément une place pour me garer pour aller assister à ma réunion en ce jeudi matin pluvieux. Pol a bien choisi son jour, c'est le jour du marché dans sa rue, il n'y a de la place nulle part. Pas cool Pol. J'ai bien songé à suivre mes propres conseils et à venir un peu pétée, mais Pol a prévu le coup et nous a convoqué à 8h45. Et honnêtement, 8h45, ça reste tôt pour un Ricard, même au mois de juillet. Nous sommes 15, puis 14 quand la femme qui est venue avec son fils de deux ans dans une poussette se fait virer ("A la première manifestation de l'enfant, vous sortez"). L'animateur de la réunion a mis sa plus belle chemise rose et est une parfaite fusion de Franck Dubosc et Mickael Kael. Il nous déroule son powerpoint, nous fait quelques "focus" sur les choses à retenir, comme "il faut lire les courriers envoyés par Pôle Emploi" et "Nous avons une photocopieuse à votre disposition". Nous apprenons aussi toutes les choses que nous devons faire pour ne pas être "radiés". Il parle tellement souvent de radiation que ça me fait penser à Tchernobyl et que ça me colle le bourdon. Au bout de 3/4 d'heure de monologue passionnant, je sens mes yeux qui piquent, mes mâchoires que ne souhaitent que bailler, mes paupières qui gonflent. Je regarde mes camarades de labeur (ou de non labeur plutôt) et je sens bien que l'empathie est générale. Je change de position, bois de l'eau, mais rien n'y fait. Je tente une dernière position, jambes allongées, pieds croisés, bien calée sur le dossier, les bras croisés. Ça va mieux, je me sens bien, je me détends. Mon esprit commence à vagabonder, j'occulte les radiations, et laisse mes pensées s'éloigner. Je n'entends presque plus l'intervenant, juste le rythme de sa voix qui fait comme un léger bruit de fond...Et puis là, c'est le drame. Un bruit épouvantable raisonne, à la limite de me faire saigner les oreilles. Qu'est ce donc? un accident de voiture? une explosion de gaz? un crash aérien? non. Juste 13 chaises qui bougent en même temps en raclant bien le sol autour de la 14ème qui ne bouge pas parce que son occupante s'est légèrement endormie.
J'espère que Franck Mickael Kael ne me dénoncera pas, Pol est très exigeant, il ne comprendrait pas... Pour anticiper une réaction épidermique de sa part, j'ai demandé tous les justificatifs possibles pour tout ce que j'ai pu faire, voir, avoir tout au long de ma vie. Attestations de travail, difficile de retrouver les parents chez qui j'ai fait la babysitteur il y a près de 20 ans, tous mes diplômes ainsi que mes carnets de notes de la primaire au lycée que ma maman gardait bien précieusement dans le grenier, les documents attestant mes différents expériences sportives : handball, rafting, basket... j'ai même retrouvé ma carte de club de gym de 1995. Il ne me reste plus qu'à recevoir mon bilan gynécologique complet, et je serais parée. 
Je suis prête, allez Polo, envoies moi un de tes courriers pourris, je t'attends.