mardi 15 mai 2012

I will survive, la journée de la glande.

Et voilà c'est vous qui avez été désignée, vous vous sentez seule, moche, en colère. Mais pas de panique cette journée de permanence peut aussi être une journée très productive. Vous pouvez vous avancer sur plusieurs dossiers, être pro-active sur les évènements à venir, mettre à jour votre courrier, optimiser votre système de classement. Non, je déconne, soyons sérieux, cette journée devra être officiellement la journée de la glande. Mais attention, une journée de la glande ne s'improvise pas. Bien réfléchir à votre emploi du temps vous permettra de ne pas commettre d'erreurs, et de transformer une journée de la glande salvatrice en journée de la loose, genre je m'ennuie tellement que je finie pas bosser efficacement.
Déjà, il n'est pas nécessaire de vous lever aux aurores, il n'y aura personne sur la route ni au parking, tout le monde fait le pont sauf vous. Si par mégarde vous arrivez tout de même avant 9h, précipitez vous sur votre poste pour envoyer un mail à 2 ou 3 personnes bien placées, ça pourra toujours servir. Sinon, on arrivant, passer prendre une petite viennoiserie pour le petit déjeuner, il vous faudra quelque chose à tremper dans votre chocolat chaud de 10h30. En arrivant, au lieu de vous précipiter dans l’ascenseur en murmurant un bonjour, arrêter vous et entamer la discussion avec l'hôtesse d'accueil. Sondez-la pour connaître les personnes présentes, qui est déjà là, qui a fait croire qu'il sera là alors qu'il a juste transférer ses appels téléphoniques à son domicile, etc. Ensuite, il est déjà temps de passer au courrier, là où vous n'allez jamais d'habitude, attendant paresseusement que les gentils messieurs déposent le tout dans votre case, à votre étage. C'est donc l'occasion de discuter un peu avec eux, de parler de tout et de rien, et de piquer dans les cases des absents les magazines et autres journaux qui ne seront de toute façon pas lus.
Une fois dans votre bureau, la matinée est déjà bien avancée, et vous devez vous acquitter de la mission la plus importante de cette journée : savoir sur qui vous pouvez compter. En fait, savoir qui a aussi perdu au tirage au sort et a du venir aujourd'hui. Un mail rapide à tous vos potos de bureau, sobrement intitulé "personnel / au secours à l'aide à moi je suis seule il y a quelqu'un" où vous développez votre sentiment d'abandon devrait suffire à faire réagir vos collègues isolés également. Une fois éliminés de votre boîte mails les messages d'absence des plus chanceux (non sans avoir répondu des choses désagréables, cela va de soit), triez les personnes restantes et programmez vous la pause de 11h, le déjeuner, la pause de 15h, le goûter, et l'accompagnement au parking dès 17h. 
Si vraiment c'est le désert, que vous êtes une des seules à vous être faites avoir, il faut mettre en place le plan d'urgence. Mais attention, celui-ci n'est à utiliser qu'en cas de situation extrême, une fois terminée la lecture de "Elle", finalisée la manucure, épuisés tous les sites de ventes privées. Ce plan d'urgence se nomme officiellement "la visite aux fournisseurs sur site". Attention tout de même, quelques règles à respecter : le fournisseur doit être envisageable dans le cadre de votre activité (tout magasin se chaussures, sacs à main, maquillage sera à proscrire si vous ne travaillez pas dans ce secteur), vous devrez vérifier que l'entreprise est bien ouverte ce jour. Calculer l'heure de visite en fonction de l'activité du fournisseur : 11h30 pour un traiteur (apéritif + amuse-bouche), entre 14h et 16h pour un pâtissier (café et/ou goûter). Et si vous avez la chance d'avoir un fournisseur proche de chez vous, prévoyez 15h30 : entre le trajet, la visite, le plein d'essence et le passage à la station de lavage pour votre auto, il sera plus sage de partir aussitôt le déjeuner et de rentrer directement chez vous après le rendez-vous...
En ayant tout bien programmé durant cette journée, au lieu d'en ressortir déprimée, vous pouvez très bien quitter le boulot au mieux épanouie de tous ces échanges, zen de cette journée sans môme, au calme, détendue, et être à deux doigts de vous porter volontaire pour la prochaine permanence. Il ne faudra pas oublier non plus de vous faire plaindre aux retours de vos collègues, histoire de les faire culpabiliser un peu, les lâcheurs. Parce que bon, la journée de la glande c'est sympa, mais vous espérez bien que d'ici le prochain "pont"  on vous aura recruté un stagiaire...

mardi 8 mai 2012

Pour un pont, bien chez moi, je ferais n’importe quoi…


Attention, sujet sensible et stratégique. Qui n’a jamais vécu la lutte glaciale pour obtenir le jour de congé qui va transformer une minable RTT en très attendu « Pont », ne peut comprendre. Un petit jeudi de repos, contre un jeudi-vendredi-samedi-dimanche, soit plus de jours de congés que de jours travaillés dans une semaine. Et ça, c’est un peu l’eldorado du salarié.
Il y a les pros du pont, qui calculent tout des mois à l’avance et qui prennent tout le monde de cours. Il y a ceux qui ont déjà réservé leur week-end, donc il leur faut absooooooooooooooolument ce jour ; ceux qui n’ont pas de nourrice qui doivent obtenir cette journée sous peine de venir avec les mouflets. Il y a les soûlants à temps partiel, qui n’ont même pas besoin de poser une journée pour obtenir le fameux pont, ou qui en ne posant qu’une seule journée, se font tranquillement une petite semaine de vacances.

Se pose alors la fameuse question de la « permanence ». En gros, qui va galérer à venir alors que tout le monde chez lui dort encore profondément, pour se faire chier toute la journée parce que l’ensemble des interlocuteurs habituels feront le pont, eux. Si on a la chance d’avoir un stagiaire dans le service, celui-ci se voit aussitôt reconnus des progrès fulgurants qui le font passer d’esclave incapable, à étudiant responsable qui peut tenir le service seul pendant cette journée fatidique. Non ce n’est pas une punition, encore moins de l’opportunisme, c’est pour le récompenser de son implication dans le service et une opportunité énorme pour lui.
Si vous n’avez pas de stagiaire et que vous êtes intérimaires, vous pouvez commencer à paniquer, la permanence est pour vous. En contrat à durée déterminée depuis peu, vous pouvez aussi oublier le week-end en amoureux, c’est cuit.

Là où il est plus difficile de trancher, c’est quand il n’y a que des CDI. La logique voudrait que l’on se partage le calendrier. Naïfs que vous êtes, nous ne sommes pas dans un monde parfait, nous sommes en entreprise. Les critères sont donc objectifs et totalement liés au mérite de chacun, seront donc privilégiés :
-        la manager : elle a une vie elle, et puis avec tout le boulot qu’elle abat elle a le droit et puis de toute façon elle est ligotée à son blackberry donc joignable, donc ça ne compte pas.
-        La fayotte : trois semaines qu’elle le travaille au corps, elle l’a bien mérité aussi…
-        La pleureuse : là, tout le monde est ok parce que si elle chougne ne serait ce qu’une fois encore, l’ensemble de l’équipe pourra se (re)souder pour la frapper,
-        La harpie : parce qu’elle fiche la trouille à tout le monde et plutôt renoncer à son pont plutôt que d’affronter sa colère.

Bref, ne resteront que ceux qui, voulant être diplomates et faire régner une bonne ambiance au bureau se porteront volontaires. Ceux qui adorent bosser sans personne pour être tranquilles. Ceux qui visent plutôt le pont suivant et qui pourront brandir cet argument pour l’obtenir.
Et celle qui, bêtement, devra renoncer à son week-end avec beaux-parents et enfants à cause de son obligation de tenir la permanence. Et ça c’est ballot.

PS : toi qui est manager et qui a peur d’affronter tes troupes, une piste pour toi. Dis à ton équipe que tu veux les responsabiliser, que tu es pour un management participatif et que tu préfères leur laisser la main pour désigner dans le calme celui ou celle qui tiendra la permanence.

lundi 7 mai 2012

La nostalgie du stagiaire


Parfois le stagiaire me manque. Pas un manque fugace comme quand j’ai envie d’un café et que je ne veux pas me lever, ou que la queue à la photocopieuse dépasse les trois personnes. Non, un vrai manque, comme quand vous lancez le jouet de médor en espérant qu’il le ramènera et que vous réalisez que cela fait plusieurs semaines maintenant qu’il est enterré dans le jardin. Ce manque qui vous prend aux tripes, qui vous met mal à l’aise, qui vous collerait presque la larmichette si nous n’étions pas en train de parler d’un stagiaire.

Entendons nous bien. Je parle du vrai stagiaire, le dévoué, le fidèle, celui qui veut prouver au monde entier ou tout du moins à l’étage qu’il est un bon élément. J’ai moi-même été stagiaire dans un temps lointain, lors de ma dernière année d’études. Nous avions deux objectifs simples pour nos stages : se rendre indispensable et piquer la place de notre maître de stage. Bref, de petits anges extrêmement serviables avec des dents prêtes à s’enfoncer dans la chair de la personne nous ayant pris sous son aile. Au cours de mes différents stages, j’ai pu voir plusieurs fonctions du stagiaire. La fonction « machine à café/photocopieuse », très instructif quoique légèrement avilissant, la fonction « faire-valoir », c'est-à-dire, « tu as vu, moi j’ai un/une stagiaire, c’est que j’ai un poste haut placé et que je suis over bookée », dans ce cas il vaut mieux avoir une formation de psy ou une lecture assidue de la presse féminine pour vous en sortir parce que vous allez en entendre des délires égocentriques ; et la fonction « je te fais bosser comme un salarié mais je te paye une misère », là tu vas apprendre, là tu vas bosser, et tu vas bien comprendre le monde du travail.

Plusieurs stagiaires sont passés dans mon bureau, mais j’ai la nostalgie des premiers surtout. Ils étaient pros, attentifs, dévoués, plein d’admiration et en plus ils bossaient. Il y a eu quelques accidents de parcours, comme cette fille de presque 30 balais qui a abandonné son stage au bout de deux semaines parce que son chat lui manquait (…), une qui faisait super bien son boulot mais trop émotive, qui faisait crise d’angoisse sur crise d’angoisse. Bon j’avoue, la première était sympa, j’ai pu mettre en pratique ma formation secourisme suivie quelques temps auparavant, et j’ai eu tout bon. Au bout de la douzième en trois semaines, quand on entre dans le bureau et qu’on la voit à nouveau allongée sur la moquette du bureau, on a juste envie de lui dire que quand elle aura fini, elle voudra bien terminer la distribution du courrier, merci.

Maintenant nous avons des stagiaires étranges. Le niveau de leurs compétences et  de leur implication est inversement proportionnel à leur niveau d’études. Ils souffrent assez souvent de narcolepsie, et n’hésite pas à déclarer préférer aller à la rencontre du monde qui les entoure, à découvrir de nouvelles cultures, à s’intéresser à des personnes nouvelles plutôt que de rester pour boucler un dossier. Traduction : non ils ne resteront pas après 17h parce que c’est vendredi, qu’ils vont rater l’happy hour du café du coin, être en retard au cinoche et ne seront donc pas assis à côté de leurs potos.
Bref, le stagiaire d’aujourd’hui est une feignasse ma bonne dame, mais une feignasse dotée d’un ego surdimensionné. Parce que nos responsables pensent qu’un stagiaire bac + 5 ou pire sortant d’une école de commerce sera plus efficace. Il en ressort surtout qu’il sera hautain, ne voudra pas réaliser les tâches qu’il trouve ingrates et qu’il vous demandera sans cesse combien vous gagnez depuis que vous êtes ici. Si en plus le stagiaire est une minette tout droit sortie de Gossip Girl, avec des seins collés sous le menton, qui fronce les sourcils de dégoût dès que vous commencez à évoquer vos enfants, c’est le pompon.
Mais le pompon du pompon, la punition ultime, là où la bonne aubaine du stagiaire se retourne contre vous, c’est lorsque l’on vous colle un enfant de collaborateur… au mieux, ce sera un « stagiaire fantôme », avec des horaires proches du 11h-11h30 / 15h-15h45 les mardis et jeudis (le lundi c’est lendemain de week-end, le mercredi c’est la journée des enfants et le vendredi c’est déjà le week-end). Au moins, il ne vous met pas de bâtons dans les roues, le seul risque étant de ne pas le reconnaître quand vous le croiserez dans les couloirs.
Il y a la version fouine, enfant de syndicalistes par exemple, cantonné à des tâches purement administratives. Très fatiguant à diriger puisqu’il connaît tous les textes réglementaires et que le moindre écart de langage ou de comportement peut prendre des proportions inimaginables.
Et puis il y a le stagiaire-boulet, la buse qui ne sait rien faire, qui a les yeux dans le vide quand il doit être attentif plus de cinq minutes d’affilée, et qui râle dès qu’il doit effectuer un travail. Ce qui donne de grands moments de solitude quand le parent, angoissé ou fier, se pointe pour savoir comment se débrouille sa progéniture…

Mais au final, c’est tout de même sympa un stagiaire, pour effectuer les travaux qui nous soûlent, descendre au courrier pendant que l’on traîne sur "vente-privée", aller chercher un café, monter dans les services dans lesquels nous n’avons pas envie d’aller. Et puis un stagiaire c’est valorisant, on l’a, il est à nous, il nous est « rattaché », c’est nous qui décidons si son stage est concluant ou non.
Non, vraiment, j’ai la nostalgie du stagiaire depuis que je suis à la maison… je vais peut être voir avec l’école primaire de mon fils si ils font des conventions de stage ? à quel âge un enfant est-il capable de servir un chocolat chaud avec des cookies à 16h sans en mettre partout ?

mercredi 15 février 2012

La boulette de la Bonne Année.


Je n’aime pas souhaiter la bonne année, surtout aux personnes que je connais très peu. Avec les personnes que l’on connaît et que l’on apprécie, on formule des vœux sincères et cohérents. On sait ce dont ils ont besoin, ce qui leur ferait plaisir, le domaine dans le quel ils souhaiteraient que les choses s’arrangent. Comment voulez-vous tomber juste avec des personnes que vous connaissez à peine ? Comment voulez-vous savoir s’ils préfèrent la santé, l’argent, l’amour ? Je déteste entrer dans l’intimité de personnes que je côtoie de loin, comme la majorité de mes collègues de travail par exemple. Je n’ai pas envie qu’ils développent le détail de leur vie qui patauge et qu’ils aimeraient voir s’améliorer dans les semaines à venir. Pire, je ne veux pas qu’ils me souhaitent quoi que ce soit, j’appréhende la fameuse question « qu’est ce que je te souhaite de beau pour cette année ? ». question qui selon moi n’est qu’un stratagème soit pour éviter justement de me souhaiter quelque chose qui ne m’intéresse absolument pas, soit pour en profiter pour poser des questions indiscrètes, comme ça, l’air de rien. Alors, pour faire court, bref et concis, je me contente en général d’un « bonne année » tout bête, ou d’un « meilleurs vœux ». Et je ne rajoute plus l’année depuis que l’on m’a répondue « alors c’est juste pour une année et celle d’après je peux mourir, c’est ça ? ».

Mais parfois, devant la litanie de vœux prodigués par mon interlocuteur à mon intention, et face à son silence à la fin de mon joli « Bonne année », il m’arrive de vouloir étoffer mon propos. Cette année, afin de limiter les gaffes et vœux inadaptés –genre plein de bonnes choses dans votre travail, alors que la personne vient d’être rétrogradée- j’ai voulu jouer la carte de mais non la fête n’est pas finie... J’ai donc pensé à ponctuer mes vœux par un joyeux « et les fêtes alors, c’était bien ? ».
Fière de ma trouvaille, je balançais ma petite phrase à tout va dès le lundi matin au travail. Les personnes partaient donc dans un récit plus ou moins détaillé de leurs fêtes de famille, insistant sur la quantité astronomique de boissons consommées et de plats dévorés, levant les yeux au ciel en évoquant les montagnes de cadeaux reçus par les bambins. J’étais assez contente de cette soudaine vie sociale de bureau, moi qui exècre ces simagrées du nouvel an, où tout le monde se croit obligé de venir vous faire la bise dès le matin. 
En fin de matinée, un nouveau collègue entre me souhaiter la bonne année. Je lui retourne ses bons vœux et sort ma phrase fétiche « tu as bien profité des fêtes ? ». Et là, à ma grande stupeur, il me sort un « non » bien sec, devient blanc comme un linge et ne bouge pas de mon bureau. Le premier réflexe aurait été de lui demander le pourquoi de sa tristesse, de compatir, de le consoler. Sauf que, n’étant que très peu douée pour les échanges sociaux formatés, je suis juste restée là, scotchée à me demander comment ma petite phrase s’était retournée contre moi. Devant mon désarroi, mon collègue m’explique qu’un membre de sa famille proche va bientôt mourir. Et au lieu de lui dire un « je suis vraiment désolée, ça ne doit pas être facile je suis de tout cœur avec toi… » comme l’aurait sûrement fait n’importe qui, je lui ai juste sorti « ah oui forcément, c’est moins drôle, mais bon courage quand même… », j’aurais ajouté « pour l’enterrement » ça n’aurait pas été pire. Mon collègue a entamé un demi-tour et est sorti de mon bureau sans un mot ; quelque chose me dit qu’il n’est pas prêt de venir me souhaiter quoi que ce soit pour un bon moment…
Je suis restée longuement  à me taper la tête contre mon bureau en maugréant « mais quelle conne, mais quelle conne… », jusqu’à ce qu’une copine, une vraie vienne me faire un bisou, un vrai, pour la nouvelle année. Et à sa question concernant mes bonnes résolutions, j’ai aussitôt pensé, comme chaque année à « moins de nourriture et d’alcool et plus de sport » mais je me suis ravisée et lui aie juste répondu : « arrêter toute tentative de comportement social adapté au bureau».

dimanche 20 novembre 2011

T'es mignon et tu baisses ton pantalon (ou comment vivre le mois de la gentillesse au boulot)

"La journée de la gentillesse quelle arnaque" me disait fort justement une collègue lors de notre première pause de la matinée devant la machine à café. Effectivement, de loin ça ressemble surtout à un concept Bisnounours complètement con et surtout totalement irréalisable : passer une journée sans médire, sans râler, sans pester, sans jurer est-ce vraiment une journée réussie? déjà, ils ne sont pas dingues, ils l'ont prévue un dimanche. C'est déjà plus réalisable puisque tu n'as en règle générale pas à affronter le monde du travail. Dans ma boîte, soyons francs, déjà l'heure de la gentillesse serait un exploit, sauf à une période de l'année : les deux dernières semaines de novembre. Et pourquoi me direz-vous, interloqués? parce que novembre, c'est le mois de l'octroi des primes et des augmentations. Du coup, en novembre, on passe tous en mode "j'adore mon entreprise et surtout, surtout, toi mon chef adoré qui a l'enveloppe des augmentations entre les mains". Concrètement, on ne râle plus pour les heures supplémentaires, on ne reprend plus son chef quand il omet la base BMABJ (bonjour, merci, au revoir, bonne journée), on rend ses dossiers en avance, on ne ferme pas son poste à 16h55, manteau sur le dos pour être sûre d'être dans le hall à 17h pétantes !
Non, en novembre, en fonction du degré de miélitude qui n'appartient qu'à chacun d'entre nous, on devient bonne élève, zélée, parfois même bien lourdingue : on demande des nouvelles de la petite famille, on félicite sur la coupe de cheveux, la cravate... On peut coucher aussi hein, mais c'est de moins en moins répandu et la féminisation de la hiérarchie de nous aide pas, mieux vaut miser sur le fayottage intensif.
Il faut bien entendu mettre toute dignité de côté, tout respect de soi même, toute valeur. Mais bon, pour 50€ bruts, soit 32€ nets de plus par mois, on est prêt à tout. Ou pas. Il y a toujours les rebelles, ceux qui ne veulent pas s'abaisser, qui sont fiers, qui ne rentrent pas dans le jeu. C'est à dire tout ceux qui savent déjà qu'ils l'ont ou qui l'ont eu l'année dernière et qui passent donc leur tour cette année. Moi qui ai perdu toute dignité depuis bien longtemps dans mon milieu professionnel, j'ai décidé de tout miser sur mon travail. Je sais que j'ai de la valeur, que j'ai beaucoup donné cette année, que j'ai été performante, je l'ai méritée cette augmentation, pas besoin d'artifices superflus. Bon allez, je vous laisse, je dois finir l'ensemble bonnet-écharpe-gants pour le dernier né de mon directeur...

mercredi 19 octobre 2011

N'est pas Spiderman qui veut...

Deuxième jour, autre activité à hauts risques : l’accro-branche. Ce n’est pas vraiment un parcours d’accro-branche, c’est un « Parcours Accro Speeder »... je cite : « Pas besoin de baudrier, un gigantesque filet suspendu sous les arbres assure votre sécurité. Pour évoluer d'obstacle en obstacle tel Spiderman ! ».  Autant vous dire que n’est pas Spiderman qui veut. Déjà, avec une charlotte et un casque on se sent nettement moins maître de ses moyens, c’est indéniable. Ensuite, vous n’êtes pas seule sur le parcours et ça, c’est franchement dommage. Entre le groupe de copains qui tentent de se faire tomber (et nous avec) toutes les 3 minutes, l’enfant de 10 ans qui y arrive les doigts dans le nez et te donne des conseils, et la pétasse, qui arrive à être jolie avec le susmentionné appareillage casque + charlotte, et qui hurle à tout va « c’est trop cool, c’est trop fastoche, je suis prête à faire Khô Lanta »… je vous assure que, du coup, quand certains tombent, on en serait presque à regretter qu’il y ait un filet. La perte de dignité à eu lieu précisément sur deux obstacles.
Le premier : vous devez vous asseoir sur un petit rondin de bois, une corde entre les jambes reliée à une autre corde et qui est censée, après votre prise d’élan, vous emmener jusqu’à la prochaine plateforme. Sauf que non. La prise d’élan se passe bien, puis l’appareil freine, s’arrête, et recule. Je gesticule sur le rondin afin de cesser sa marche arrière, mais rien n’y fait. Une fois que je me suis arrachée l’intérieur de la cuisse droite (note numéro un : ne jamais faire d’accro-branche en short) et coincée le pied dans le filet de protection, j’ai pu tenter de regagner la plate-forme à la force de mes bras et de mes jambes, en m’appuyant sur le filet, tout en ayant gardé bien consciencieusement la corde et le rondin de bois entre les jambes. C’est à ce moment précis que je me suis rendue compte que mon mari filmait mes exploits depuis le sol. Je me suis dit que peut être vue du sol, la scène serait moins grotesque. Après vérification, c’était faux, en même temps ses éclats de rire auraient du m’alerter (note numéro 2 : ne pas autoriser les appareils photos).
Mais tout va bien, je m’engage sur les prochains obstacles sans souci majeur, ni fracture, ni déplacement d’organes. Arrive un obstacle qui parait tout bête : deux tubes en lamelles de bois suspendus, il faut entrer à l’intérieur et avancer à quatre pattes. Bien sûr ça bouge, bien sûr il y a un espace entre les deux mais rien de bien méchant. J’avais oublié cette règle fondamentale : tu es toujours pathétique quand tu as plus de trente ans et que tu marches à quatre pattes, et les exemples sont nombreux : Intervilles, Fort Boyard… bref me voilà marchant à quatre pattes dans les deux petits tubes, tentant de mettre de côté ma claustrophobie pour me consacrer sur le vertige. A la sortie du second tube, j’ai bien observé les personnes se déplier élégamment et retrouver la station debout. Sauf que, je ne sais pas pourquoi mais moi ça coince : je suis coincée dans le tube, impossible de repasser mes jambes, impossible de me déplier. Me voilà donc, arrivant sur la plateforme, toujours à quatre pattes, entendant cette phrase merveilleuse « tu peux faire tout le parcours à quatre pattes si tu préfères ». C*nnard. 
Le reste du parcours fut jalonné de murs d’escalade suspendus, de balançoires, d’échelles, de filets, de cordes… pas de blessures majeures, mais une crispation de l’ensemble des muscles de mon corps qui allait me valoir de belles courbatures pendant plusieurs jours. Je suis redescendue sans encombre, j’ai ôté mon casque, heureuse de retrouver la terre ferme. Après visionnage, j’ai supprimé les vidéos de l’appareil photo familial, voulant conserver un semblant de dignité, mais force est de constater que le récit d’un époux hilare peut faire plus de dégâts qu’un simple film…

lundi 17 octobre 2011

Je pensais avoir perdu toute dignité dans la rivière sauvage…

En week-end à Center Parcs avec des amis, j’ai tenté pour la deuxième année consécutive « la rivière sauvage ».  La brochure annonce : «1, 2, 3, c'est parti pour la descente de la Rivière Sauvage ! Courants rapides, virages serrés, bosses, grandes lignes droites, vous allez adorer ce parcours aquatique extérieur, à savourer toute l'année avec son eau à 29° ! » Voilà voilà. L’année dernière je me suis retournée le pied, et mon amie s’est fracassée le pubis sur les dites bosses. Blessure au pied qui m’avait valu des séances de kiné et les railleries de mon médecin traitant, qui a du répéter au moins 8 fois « rivière sauvage » pendant la consultation… 

Cette année, j’étais armée : plus d’effet de surprise, même le seau de 1000 litres d’eau qui s’abat sans prévenir sur l’ossature en bois avec toboggans dans lesquels jouent des dizaines d’enfants ne me fait pas sourciller… enfin si, j’ai un sourire intérieur devant le regard médusé des parents qui n’avaient pas vraiment vu venir la chose, dégoulinant, avec leur enfant trempé solidement accroché à leur main. Parce qu’il faut le savoir, messieurs-dames, que ceux, et surtout celles qui déclarent « oh non je ne me mouille pas les cheveux, et je n’aime pas avoir de l’eau dans les yeux » passent leur chemin. Ici on ne rigole pas, l’Aqua Mundo, c’est une lutte permanente contre les éléments.

Pleine de bravoure et revigorée par les regards hagards des petits nouveaux, je prends le chemin de la « rivière sauvage ». Mon fils de 6 ans vient d’y aller, il a trouvé que « ça déchire » donc il n’y a  pas de raison. Me voilà donc à faire la queue dans l’eau, prenant des jets d’eau violents dans les yeux pour mettre en condition, attendant que chacun se lance dans la rivière sauvage. J’avais oublié que pour s’élancer, il faut passer par-dessus une énorme bosse. J’hésite à y aller les pieds devant, mon mari me dit non, vas y la tête la première. J’y vais, je m’explose les cuisses sur le rebord, mets la tête sous l’eau et ressors sans grâce aucune avec mes cheveux étalés sur mon visage comme des nouilles. Ok, ok, ce n’est pas grave, je maîtrise les premiers virages,  je gère le courant, anticipe les bosses comme je peux mais je contrôle encore un peu les choses. Et puis, au détour d’un virage, j’aperçois un maître nageur sur le bord, qui surveille la descente. Je n’ai pas d’admiration particulière pour les maîtres-nageurs, mais je ne sais pas pourquoi, je veux me redresser pour tenter de retrouver une certaine contenance. Et là, mon mouvement me fait prendre dans un courant particulier, je me sens vriller, me retourner, j’ai beau bouger les bras et les jambes, je ne contrôle plus rien…. Et me voilà, passant devant le maître-nageur, sur le dos, les pieds devant, jambes en l’air écartées et les bras qui brassent de l’air, tout ça illustré par un joli « aaaaaaaaaahhhhhhhhhh » entre-coupé de « goulglous » quand je bois la tasse. Ma course folle se termine violemment contre un rebord, je peux enfin me redresser pour finir en beauté par l’atterrissage dans le dernier bassin. 

Là j’ai pensé avoir perdu toute dignité. C’était compter sans l’accro-branche…