vendredi 30 novembre 2012

Les petites rencontres.



Comment nous sommes nous rencontrés ? nous sommes nous déjà rencontrés ? peut-être pas physiquement, et peut être même pas du tout. Combien de personnes rencontrons-nous chaque jour ? et toutes ces rencontres peuvent-elles vraiment être qualifiées de « rencontres » au sens strict du terme. La définition du mot « rencontre » peut tout englober : « Une rencontre désigne le moment où deux ou plusieurs personnes se réunissent ensemble à un endroit particulier, soit fortuitement, soit de manière concerté via un rendez-vous ». Prenons aussi en compte la rencontre professionnelle, la rencontre sportive, la rencontre des éléments, des objets…
Que peut-on qualifier de vraie rencontre ? La rencontre avec tous les gens qui partagent nos vies ? La première rencontre. La toute première de notre vie, celle où pour la première fois, on croise les regards tout embués de ceux que l’on entendait parler depuis des mois, à l’extérieur. Cette rencontre là, qui chamboule tout sur son passage.
Et puis nos amours, nos amis, nos connaissances, ceux qui restent, puis ceux qui vont et viennent. Les rencontres fugaces mais qu’on n’oubliera jamais. Les rencontres qui durent, qui se renouvellent chaque jour, chaque semaine et que l’on accueille avec toujours autant d’enthousiasme. Les vieilles rencontres, celles qu’on oublie, mais qui se ravivent instantanément, dès les premières secondes, et  que l’on reprend au même endroit sans effort. Les rencontres terminées, classées, celles qui se sont finies dans un conflit ou une lassitude. Celles-ci peuvent laisser de traces indélébiles ou non. Elles peuvent n’être qu’une manifestation du cours de choses : les rencontres se font et se défont, parfois avec peine, parfois avec mépris, parfois avec indifférence. Les vilaines rencontres, celles que l’on voudrait ne jamais avoir faites, que l’on rejette loin au fond de notre esprit, dans l’espoir qu’elles s’en échapperont un jour.
Et puis il y a les rencontres avortées. Celles que l’on aurait voulu faire durer toute la vie, mais que l’on a pu goûter que quelques mois, quelques années. Juste le temps de s’habituer à la chaleur, à la douceur, au bonheur. Ces rencontres là, elles restent gravées en soi. Elles sont chaudes et froides en même temps. Chaudes, par le réconfort des beaux souvenirs, des moments, des voix, des odeurs. Puis froides, par la cruauté de la douleur que le manque nous fait ressentir. Encore et encore.

Et puis, il y a les petites rencontres. Celles que l’on fait tous, tout au long de la journée et qui vont, d’une façon ou d’une autre en modifier le cours, ou tout du moins, la façon dont nous allons l’appréhender. Ces petites rencontres insignifiantes et qui pourtant, selon notre humeur vont avoir un impact plus ou moins important sur notre vie. Le grand sourire de la vieille dame toute sèche que vous laissez traverser. Le costard-cravate qui vous tient la porte de sortie du parking. La boulangère qui vous dit « je vais plutôt aller vous chercher les petits pains tout chaud qui sortent du four ». Mais aussi, le chauffeur de taxi qui ne lâche plus son klaxon, le regard hagard, la bave aux lèvres parce que vous avez eu l’outrecuidance de vouloir changer de file de voiture. La tailleur-jupe qui accélère et vous coince contre le mur pour se garer à LA place où elle se gare tous les matins. Le chauffeur de bus qui préfère écraser trois personnes en hurlant plutôt que de s’arrêter devant un passage piétons. Votre patron qui ne vous salue pas en vous croisant dans l’ascenseur, et qui, remarquant sa bévue, lève la tête de son Iphone, vous gratifie d’un joli sourire carnassier avant de vous souhaiter une bonne journée en se trompant de prénom. Cette rencontre là aurait pu se conclure par un propos imagé mais très déplacé, par une larmichette pour cette énième humiliation du matin, mais j’ai décidé de l’effacer de mon disque dur interne et de la remplacer par les paroles de la dernière chanson entendue avant de couper le contact de la voiture « Un tout petit détour, où chacun dépose, ses souvenirs des belles choses… ».


lundi 19 novembre 2012

Où placer le curseur le la dignité ?



La base cette interrogation m’est venue lors mon entretien avec mon responsable, cet entretien qui vise à t’annoncer si tu as ou non décroché augmentation ou prime cette année. En règle générale tu le sais très rapidement. Si c’est oui, le manager ne va pas forcément prendre des heures pour te l’annoncer, c’est un cas facile pour lui, il sait qu’il va plus ramer avec les autres membres de l’équipe qui eux n’ont rien, il ne va donc pas perdre son temps avec le grand gagnant. Avec un peu d’entrainement, tu peux savoir dès le pas de la porte ce qui t’attend. A la tête de la personne en face de toi, à sa façon de te saluer, de te présenter la chaise pour t’asseoir, d’entamer la discussion.
Alors que j’étais assise depuis dix bonnes minutes face à mon responsable, à l’écouter réciter un discours fort bien argumenté je dois l’admettre, je me demandais comment  réagir avec dignité à ce nouvel affront. Les arguments avancés reposaient sur trois points : l’entreprise a des difficultés en ce moment, vous n’avez pas « sur - performé » cette année, et vous avez déjà un salaire honorable par rapport à vos collègues.
Concernant la situation de l’entreprise, c’est fou comme la crise peut être un bon argument pour tout un tas de situations : donner de toutes petites étrennes aux éboueurs qui te balancent ta poubelle violemment contre le mur de ta maison quand ils ne la laissent pas tout bonnement au milieu de la route, ou abréger l’appel téléphonique du vendeur de vérandas/fenêtres/pompes à chaleur, par exemple. Argument pratique mais moche quand il se retourne contre vous. Parce que c’est bien cet argument là que ce gentil monsieur est en train de me servir en introduction. Les temps sont durs, nous devons tous être solidaires, l’entreprise peut se sortir de cette mauvaise passe mais il faut que chacun y mette du sien, et que tous se soutiennent mutuellement. Son soutien à lui pourrait peut être commencer par me prêter au choix, sa voiture de fonction, son téléphone de fonction ou bien alors me faire le plein une ou deux fois par mois avec sa carte pro. Ce serait déjà un bon départ de solidarité inter-entreprise, mais là n’est pas le propos me dirait-il sûrement. 

SurPerformeuse, SurPerformeuse, ah oui c'est moi...

Et puis, de toute façon, je n’ai pas surperformé. La surperformance est un terme difficile à cerner, même pour ton manager. Posons-lui calmement la question de ce que cela signifie concrètement, qu’il l’illustre par un exemple, et nous verrons que la non surperformance peut revêtir des formes insoupçonnées. Un dossier bouclé dans les temps, un évènementiel réussi, les objectifs remplis constituent une performance mais en aucun cas une surperformance. On surperforme lorsque l’on va au-delà des demandes de notre hiérarchie, lorsque, transcendée par un professionnalisme rarement égalé, nous anticipons, nous rendons nos dossiers avec deux jours d’avance, nous réalisons les tâches avant mêmes qu’elles ne nous soient confiées, que telle une tornade d’efficacité nous résolvons tous les problèmes avant même qu’ils ne se posent. Attention tout de même que votre surperformance ne vienne pas empiéter sur la performance de notre supérieur, ça, ça ne se fait pas.


Et puis, de toute façon, j’ai un salaire honorable par rapport à mes collègues. Cette affirmation ne repose que sur l’absence totale de confiance entre collègues et le tabou qui entourent le salaire : personne ne divulgue à personne son salaire dans une même direction. Et quand certains brisent le tabou et viennent poser directement la question «  et toi, tu gagnes combien ? tu as eu combien de prime ? ta dernière augmentation date de quand ? », On peut apercevoir cette expression familière de grand moment de solitude sur le visage, qui exprime non pas l’hésitation de se dire si nous allons ou non répondre sincèrement aux questions posées, mais plutôt à l’élaboration vitesse grand V du mensonge éhonté que nous nous apprêtons à formuler. Le supérieur se base donc sur cette vérité pour se permettre d’affirmer notre haut niveau de salaire par rapport aux autres parce qu’il sait que nous ne pourrons vérifier ou du moins, obtenir une information fiable.
Au bout de plusieurs longues minutes d’un monologue uniquement ponctué par mes hochements de têtes et quelques acquiescements murmurés, la parole allait m’être donnée. Après la conclusion de mon responsable, qui se terminerait inévitablement par un « vous comprenez donc bien que nous ne pourrons vous octroyer aucune augmentation ou prime cette année et vous m’en voyez désolé », j’allais pouvoir exprimer toute ma frustration, mon écœurement face à cette situation.  J’avais en tête la date de ma dernière augmentation, les différents dossiers où j’avais pleinement réalisé mes objectifs, j’étais prête à contre-attaquer sobrement, plein de dignité.
Car l’idée n’est pas non plus de perdre tout sens commun et de céder à la facilité. Par exemple, se mettre à pleurer, supplier, pire, tenter d’attirer la pitié en citant le nombre de bouches à nourrir, l’otite du petit dernier à soigner, le montant des impôts à payer, est tout de suite catalogué comme un grand manque de dignité. Flatter peut être une alternative, sauf quand cela n’intervient que lors de cet entretien. Un petit compliment sur la cravate ne peut pas faire de mal, mais inutile de vous adresser à votre responsable par un « votre grandeur » ou « maître », qui de plus pourrait être mal interprété. Je passe sur les différentes formes de soudoiements possibles, du monétaire au sexuel, toute once de dignité y est improbable. Le chantage peut être une option,  mais autant dire qu’il faut avoir en sa possession du lourd, du très lourd pour s’embarquer dans ce chemin, avec sans dignité d’ailleurs.
Mais la dignité est-elle nécessaire ? Ne peut on pas tout simplement l’oublier, se jeter aux pieds de son chef adoré, laissant échapper quelques larmes si c’est pour obtenir un petit mieux financier chaque mois ? Ne pourrait-on pas arriver à son entretien avec quelques petits gâteaux « maison » juste pour témoigner de son admiration inconditionnelle ? Proposer un massage des épaules, parce que oui on le sent tendu tout de même, c’est normal avec toutes ses responsabilités, est-ce vraiment une tentative de « promotion canapé » ?
Et puis d’abord, est-ce que les gens autour de nous ont de la dignité tout le temps ? Comment conserver sa dignité lorsque l’on doit ramasser la crotte chaude de son chien devant les regards dégoutés des passants ? Comment rester digne face à ce collègue qui se trompe de prénom en vous interpellant alors qu’il vous côtoie depuis des années ? Garder la tête haute lorsque le talon de son escarpin se coince entre les pavés du trottoir et vous fait faire une figure digne de « Danse avec les stars » (notez la référence, merci) ? Pourquoi devrais-je tout faire dans la dignité moi ?!
La vieille dame qui nous passe devant à la boulangerie, elle en a de la dignité ?  La minette qui nous fait une queue de poisson en voiture et qui en plus nous engueule ? Le père de famille qui pique une pochette pleine de jeux de DS alors qu’il voit l’enfant à qui elle appartient jouer à 2 mètres ? Le défenseur de l’ordre moral qui n’hésite pas à sauter à pieds joints sur une femme nue ? Mais je m’égare …
Au moment de prendre la parole, un doute m’assaille et je demande à mon responsable s’il veut bien répéter sa dernière phrase, car elle ne correspond pas à ce que j’attendais. Il m’octroie une prime. Youpla direz-vous mais attendez la suite. Son montant est de 50€. Brut. Soit 32€ nets. Si mon curseur de dignité était placé très haut, je lui aurais sobrement répondu que je le remerciais chaleureusement de cette distinction, mais que je préférais qu’il garde sa prime parce que son montant astronomique risquait de me faire sauter une tranche d’imposition. Sauf que, comme mon curseur de dignité est depuis bien longtemps au niveau zéro dans mon milieu professionnel, mais que par contre mon curseur lâcheté est au beau fixe, j’ai juste murmuré un merci, avant de m’éclipser vers la machine à café, pour crier, pas trop haut et pas trop fort, que c’est tout de même un scandale de proposer des primes aussi ridicules, que c’est limite un manque de … dignité.

jeudi 25 octobre 2012

Power Rangers force Rouge Ou Dois je synchroniser ma vie virtuelle et ma vie en vraie, et si oui, comment ?



Vaste sujet cet après-midi autour de la soupe de tomate du gouter (récession alimentaire oblige). En réalité, cela n’a pas été formulé comme ça par la personne concernée, elle a plutôt dit « il y a une vieille copine à moi qui m’a virée de sa liste d’amis sur FB, je lui envoi un mp (message privé pour les ermites ou réfractaires) d’insultes ? ». En bref, une de ses connaissances dans la vraie vie de tous les jours l’a supprimée de sa liste d’amis facebookiens. Et là, légitimement, elle s’interroge. Est-ce une erreur technique ou y a-t-il une raison particulière ? surtout que ma collègue n’a pas franchement envie de décrocher son téléphone pour demander à l’intéressée « hey dis, pourquoi tu n’es plus ma copine sur FB ? ». Tout le monde ironise autour de nous, n’empêche que ça rappelle des souvenirs de cours de récrée, où les fameux « t’es plus mon copain, t’es plus ma meilleure amie » sonnaient le glas d’amitiés solides datant d’au moins quinze jours. Sauf que, dans le monde des adultes, on dit rarement à quelqu’un « t’es plus mon copain », on a grandi, on a  muri. En fait quand quelqu’un nous insupporte, on s’éloigne, on l’évite, on met de la distance et on espère qu’il comprendra tout seul.
Avec notre ami facebookien, la peur enfantine du « t’es plus ma copine » resurgit. L’angoisse de l’élimination pure et simple, ni vue ni connue nous guette tous. Parce qu’en plus, FB ne vous prévient pas, il n’est pas si vilain que ça. Tu peux en fait supprimer qui tu veux sans que la personne ne le sache, soit sans explication. Et inversement, tu peux être radié sans même t’en apercevoir. C’est moche. Mais pratique, tu peux virer discrètement le collègue que tu as accepté il y a quelques mois parce que tu n’as pas eu le cœur d’ignorer sa demande, ou parce que tu voulais augmenter ton nombre d’amis, petit sournois. Et pif paf, l’ami débarqué se voit rayé de notre vie facebookienne, ne peut plus admirer nos photos, connaître les détails de notre vie, savoir que nous avons besoin d’une éponge magique pour combattre le dragon gardien du passage secret du niveau 3. La loose quoi.

Ma collègue nous confie tout de même au bout d’un moment qu’elle avait un peu vu le coup venir : la dite personne avait publié un texte sur sa déception du comportement de certains et sur le fait qu’elle allait bientôt « faire le ménage » dans ses amis. Allez, avouons, nous avons tous déjà lu ce type de message sur certains profils de nos amis : celui s’adresse à tout le monde et personne, qui est plein de sous-entendus que personne ne comprend. Et là deux catégories de personnes apparaissent : ceux qui s’en foutent, et les paranos, ceux qui se demandent ce qu’ils ont bien pu faire (même si ils n’ont plus croisé la personne depuis dix bonnes années) et qui surveillent frénétiquement leur nombre d’amis pour voir si le couperet va tomber sur eux ou non.





Mais peut-on réellement « supprimer » un ami de sa vie ?
Le problème est peut être juste dans le langage employé. « Ami » : proche, intime, personne à qui l'on est lié par amitié, avec qui l'on a des affinités. La définition est vaste et surtout très subjective puisque chacun retrouve des qualités qui lui sont propres dans l’amitié. Parce que sois honnête, les collègues de travail dont tu as eu la faiblesse d’accepter l’invitation seront-ils un jour des Amis ? la copine de CE1 perdue de vue depuis 30 ans ? le petit neveu de ton poto Polo ? hein ? FB a commencé à entrevoir le problème puisqu’il a créé des listes où tu peux être relégué à une simple « connaissance ». Ça correspond déjà beaucoup plus aux liens que tu entretiens avec 75 % de tes amis facebookiens. Tu peux également limiter le contenu de tes publications, créer des groupes bloquant tes publications à certaines personnes de ta liste d’ « Amis ». C’est légèrement plus lâche que la suppression pure et simple, c’est un tout petit peu plus discret, mais il ne faut pas se leurrer, si la personne visite ton profil et voit qu’elle n’a plus accès à aucune  de tes informations, elle doit bien se douter qu’elle est en transit vers la sentence suprême. Elle est en quelque sorte en partance … disons que c’est pour la ménager, tu agis par paliers.

Jusqu’ici ma collègue a tout bien intégré, elle est d’accord avec nous sur le fait que ce n’est pas bien grave même si on la sent vexée comme un pou. Cependant, elle a une interrogation plus importante et légitime : « et dans la vraie vie, concrètement ça donne quoi ? ». Et effectivement, que se passe-t-il lorsque l’on croise la personne fraîchement radiée ou celle qui nous a sciemment écarté de sa vie en vrai de vrai, physiquement ? quand on tombe par hasard sur elle au rayon légumes du Monop’ ? On s’ignore ? on se salue poliment ? J’imagine que l’on ne se bisouille pas … mais comment savoir ? dois-je consulter ma liste d’amis facebookiens avant chaque sortie histoire de ne pas commettre d’impair ?
D’autres personnes se sont déjà posé la question. Sur FB même il y a des groupes comme « Demander à FB l'option pour savoir qui t'as supprimé de sa liste d'amis » ou « Pour que Fb ajoute "**** vous a supprimé de sa liste d'amis" », des applications à télécharger te scannent ta liste d’amis quotidiennement et dénoncent le vilain qui t’a supprimé la veille, discretos à 23h15… Mais tout ceci ne nous explique en rien comment l’appliquer dans la vraie vie. Nous avons donc planché ce jour devant la machine à café pour mettre en place une application de synchronisation entre ta vraie vie et ta vie sur le net. Un peu à l’image de la sacro-sainte synchronisation du blackberry et de ton poste de travail… mais si, tu sais, cette brave synchronisation qui t’a permis à maintes reprises de ne pas t’attirer les foudres de l’auteur du mail auquel tu n’avais pas répondu dans les temps « c’est encore la synchro avec mon black qui ne s’est pas faite, je n’ai pas eu votre mail, pffff….. ». Il existe déjà un moyen de synchroniser toutes les informations présentes sur tous les réseaux sociaux, il faut juste étendre à la vie en vrai, je ne vois pas où est la difficulté.
Dans la définition de suppression il y a : « abolition, abrogation, absorption, annulation, bannissement, cessation, confiscation, coupure, destruction, disparition, effacement, levée, privation ». Nous ne retiendrons ni bannissement (c’est rude quand même), ni absorption (je ne veux absorber personne moi et encore moins être absorbée…) mais plutôt « effacement, disparition ». Donc, voici le principe : celui qui est à l’origine de la suppression doit tout faire pour disparaître physiquement de la vie de l’autre, il doit « s’effacer ». Charge à lui donc de se cacher lorsqu’il aperçoit le supprimé. Planqué derrière son conjoint, accroupi le long d’une voiture dans un parking, collé à un arbre dans un parc, n’importe quelle solution doit être envisagée. N’apparaissant plus non plus dans votre vie réelle, la suppression de l’ami facebookien prend tout son sens, ce n’est plus seulement une petite lâcheté ramenée de la cour d’école mais bien un vrai moyen de gérer efficacement ses relations avec autrui. Bref, Parker Lewis avait sa synchronisation des montres, les Powers Rangers leur synchronisation des couleurs, nous aurons notre synchronisation amicale facebookienne/tavieenvrai… Qui vote pour ?

vendredi 12 octobre 2012

En vacances j’oublie tout, ne plus rien faire du tout…

Bref, moyenne patate ce matin. Heureusement, c’est le jour de parution des différentes offres de voyages du comité d’entreprise, les discussions autour de la machine à café vont pouvoir se diversifier un peu, et ne plus tourner exclusivement autour de Masterchef et de la personnalité plus que contestée de Ludo, comme tous les vendredis matins. Ce matin nous parlons donc soleil, croisières ou pas croisières, circuits ou pas circuits, enfants ou pas enfants… Nous discutons météo, trajets, animations, paysages. Puis quand nous avons épuisé tous les sujets politiquement corrects, et que le stagiaire du deuxième, qui est également le fils d’un collègue des ressources humaines se décide à regagner son bureau, nous entamons la vraie discussion : qui part avec le voyage du CE, pourquoi s’infliger une telle horreur et quels sont les dossiers en cours. C'est-à-dire, lesquels de nos collègues sont marqués au fer rouge pour avoir, au choix ou cumulé, vomi dans la piscine, s’être engueulés avec son conjoint en pleine « animations-apéros », enfantés des démons qui ont gâché le séjour de toutes les personnes présentes. En général, la liste noire est connue de tous, mais il y a toujours des détails qui réapparaissent, véridiques ou inventés d’ailleurs, si bien qu’une histoire datant d’une bonne dizaine d’années peut continuer à alimenter les conversations de machine à café encore aujourd’hui. Une fois que nous nous sommes gaussés sur les malheurs de nos petits camarades, vient le fameux débat des adeptes contre les allergiques des voyages du CE. En fait, la question est de savoir si, pour pouvoir bénéficier de superbes voyages très bien organisés il faut le reconnaître, vous êtes prêt à supporter vos collègues en maillot de bain au bord d’une piscine, en short durant une randonnée, ou en espadrilles et débardeurs dans le bus qui vous mène d’escale en escale … Et inversement, êtes vous prêts à dévoiler le vacancier qui se cache en vous à toute l’entreprise. Parce que l’adage « ce qui se passe en vacances reste sur le lieu de vacances » est totalement faux, soyez lucides. Toute attitude sera analysée, débattue et communiquée. Et ne pensez pas que chacun est là en vacances, sans se soucier des autres et que vous aurez juste à vous isoler avec votre famille. Cette attitude de paria va vous suivre dans votre quotidien professionnel : vous qui les avez snobé, qui avez été hautain, qui ne vous êtes pas « intégré ». Pour éviter toutes représailles, vous devrez donc faire table commune, activités communes, transats communs… évitez chambre commune, là ça peut créer d’autres représailles et d’autres ragots.
Doux mois d’octobre et son ciel oscillant désespérément  entre le gris-gris et le gris-jaune, plaçant le plafond nuageux à 2m50 du sol… doux mois d’Octobre où l’excitation de la rentrée s’est totalement évanouie pour laisser place à la lassitude et la fatigue. Doux mois d’Octobre où les jours raccourcissent, les nuits s’allongent avant le fatal changement d’heure (28 octobre cette année, ceci était une pause informative) qui nous fait sombrer dans les abysses de l’obscurité subie au départ ET au retour du boulot.
Cependant, s’il n’y avait que vous, ça pourrait encore être jouable : vous faites semblant toute l’année, pas compliqué de le faire aussi pendant les vacances. Il faudra juste remplacer votre bikini léopard, par un maillot de bain une-pièce bien gainant, et ne picoler comme un trou que dans votre chambre et non au bar où vous risquez de finir en vedette de la soirée karaoké grâce à votre solo sur « Etienne, Etienne, Etienne » de Guesch Patti (ici pour les incultes). Si vous êtes affublé d’une famille, il faudra maîtriser conjoint et enfants, et là soyons clairs, c’est peine perdue.
Ne reste plus qu’à envier secrètement ceux qui participent au voyage du CE, sincèrement contents de partager tous ces bons moments avec leurs collègues, sans avoir peur d’être eux-mêmes durant le séjour. Mais pour vous venger un peu, rien ne vous empêche de mandater un traitre, qui vous racontera dans le détail toutes les situations embarrassantes, ragots, que vous pourrez ensuite allègrement partager à leur retour, dans quelques mois à cette même machine à café…