lundi 7 mai 2012

La nostalgie du stagiaire


Parfois le stagiaire me manque. Pas un manque fugace comme quand j’ai envie d’un café et que je ne veux pas me lever, ou que la queue à la photocopieuse dépasse les trois personnes. Non, un vrai manque, comme quand vous lancez le jouet de médor en espérant qu’il le ramènera et que vous réalisez que cela fait plusieurs semaines maintenant qu’il est enterré dans le jardin. Ce manque qui vous prend aux tripes, qui vous met mal à l’aise, qui vous collerait presque la larmichette si nous n’étions pas en train de parler d’un stagiaire.

Entendons nous bien. Je parle du vrai stagiaire, le dévoué, le fidèle, celui qui veut prouver au monde entier ou tout du moins à l’étage qu’il est un bon élément. J’ai moi-même été stagiaire dans un temps lointain, lors de ma dernière année d’études. Nous avions deux objectifs simples pour nos stages : se rendre indispensable et piquer la place de notre maître de stage. Bref, de petits anges extrêmement serviables avec des dents prêtes à s’enfoncer dans la chair de la personne nous ayant pris sous son aile. Au cours de mes différents stages, j’ai pu voir plusieurs fonctions du stagiaire. La fonction « machine à café/photocopieuse », très instructif quoique légèrement avilissant, la fonction « faire-valoir », c'est-à-dire, « tu as vu, moi j’ai un/une stagiaire, c’est que j’ai un poste haut placé et que je suis over bookée », dans ce cas il vaut mieux avoir une formation de psy ou une lecture assidue de la presse féminine pour vous en sortir parce que vous allez en entendre des délires égocentriques ; et la fonction « je te fais bosser comme un salarié mais je te paye une misère », là tu vas apprendre, là tu vas bosser, et tu vas bien comprendre le monde du travail.

Plusieurs stagiaires sont passés dans mon bureau, mais j’ai la nostalgie des premiers surtout. Ils étaient pros, attentifs, dévoués, plein d’admiration et en plus ils bossaient. Il y a eu quelques accidents de parcours, comme cette fille de presque 30 balais qui a abandonné son stage au bout de deux semaines parce que son chat lui manquait (…), une qui faisait super bien son boulot mais trop émotive, qui faisait crise d’angoisse sur crise d’angoisse. Bon j’avoue, la première était sympa, j’ai pu mettre en pratique ma formation secourisme suivie quelques temps auparavant, et j’ai eu tout bon. Au bout de la douzième en trois semaines, quand on entre dans le bureau et qu’on la voit à nouveau allongée sur la moquette du bureau, on a juste envie de lui dire que quand elle aura fini, elle voudra bien terminer la distribution du courrier, merci.

Maintenant nous avons des stagiaires étranges. Le niveau de leurs compétences et  de leur implication est inversement proportionnel à leur niveau d’études. Ils souffrent assez souvent de narcolepsie, et n’hésite pas à déclarer préférer aller à la rencontre du monde qui les entoure, à découvrir de nouvelles cultures, à s’intéresser à des personnes nouvelles plutôt que de rester pour boucler un dossier. Traduction : non ils ne resteront pas après 17h parce que c’est vendredi, qu’ils vont rater l’happy hour du café du coin, être en retard au cinoche et ne seront donc pas assis à côté de leurs potos.
Bref, le stagiaire d’aujourd’hui est une feignasse ma bonne dame, mais une feignasse dotée d’un ego surdimensionné. Parce que nos responsables pensent qu’un stagiaire bac + 5 ou pire sortant d’une école de commerce sera plus efficace. Il en ressort surtout qu’il sera hautain, ne voudra pas réaliser les tâches qu’il trouve ingrates et qu’il vous demandera sans cesse combien vous gagnez depuis que vous êtes ici. Si en plus le stagiaire est une minette tout droit sortie de Gossip Girl, avec des seins collés sous le menton, qui fronce les sourcils de dégoût dès que vous commencez à évoquer vos enfants, c’est le pompon.
Mais le pompon du pompon, la punition ultime, là où la bonne aubaine du stagiaire se retourne contre vous, c’est lorsque l’on vous colle un enfant de collaborateur… au mieux, ce sera un « stagiaire fantôme », avec des horaires proches du 11h-11h30 / 15h-15h45 les mardis et jeudis (le lundi c’est lendemain de week-end, le mercredi c’est la journée des enfants et le vendredi c’est déjà le week-end). Au moins, il ne vous met pas de bâtons dans les roues, le seul risque étant de ne pas le reconnaître quand vous le croiserez dans les couloirs.
Il y a la version fouine, enfant de syndicalistes par exemple, cantonné à des tâches purement administratives. Très fatiguant à diriger puisqu’il connaît tous les textes réglementaires et que le moindre écart de langage ou de comportement peut prendre des proportions inimaginables.
Et puis il y a le stagiaire-boulet, la buse qui ne sait rien faire, qui a les yeux dans le vide quand il doit être attentif plus de cinq minutes d’affilée, et qui râle dès qu’il doit effectuer un travail. Ce qui donne de grands moments de solitude quand le parent, angoissé ou fier, se pointe pour savoir comment se débrouille sa progéniture…

Mais au final, c’est tout de même sympa un stagiaire, pour effectuer les travaux qui nous soûlent, descendre au courrier pendant que l’on traîne sur "vente-privée", aller chercher un café, monter dans les services dans lesquels nous n’avons pas envie d’aller. Et puis un stagiaire c’est valorisant, on l’a, il est à nous, il nous est « rattaché », c’est nous qui décidons si son stage est concluant ou non.
Non, vraiment, j’ai la nostalgie du stagiaire depuis que je suis à la maison… je vais peut être voir avec l’école primaire de mon fils si ils font des conventions de stage ? à quel âge un enfant est-il capable de servir un chocolat chaud avec des cookies à 16h sans en mettre partout ?

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