mercredi 16 mai 2012

Pourquoi il est nécessaire de se rendre bourrée à Pôle Emploi.

Pôle, Paul, Paul. J'aimais bien ce prénom, Paul, je l'avais même envisagé pour mon premier garçon jusqu'à ce que mon époux me serine "Paul, une Tourtel" toute une soirée, faisant référence au slogan d'une marque de bière.
Sauf qu'aujourd'hui, ce n'est pas "Paul, une Tourtel" que je dois rencontrer, mais Pôle Emploi de son nom de famille. On s'est connu il y a quelques années, quand il était plus jeune et se faisait appeler moins pompeusement "ANPE". Il habitait dans un quartier très mal famé et il exigeait qu'on aille le voir une fois par mois. Il m'avait envoyé faire un horrible stage de quatre heures pour apprendre à rédiger des CV. J'avais failli me pendre dans les toilettes mais je n'avais ni ceinture, ni lacets. Trois après nos présentations, n'y tenant plus, je l'avais quitté, heureuse de retrouver le monde du travail.
Dix ans après, me voici de retour chez Pôle. Il a changé de nom mais pas de logique. Car Pôle vient d'une autre planète, assez proche de celles de ses copines CépéAhème et Caffe, mais un peu plus loin encore de la notre. Pôle a tout d'abord voulu me faire croire qu'il avait grandit, mûrit, évolué avec son temps. Pôle m'a parlé dématérialisation, actualisation de situation en ligne, envoi de mails et de sms pour confirmer nos rendez-vous. Il a  tenu parole en apparence. Inscription en ligne, sms, tout était parfait. Puis il y a eu le fameux document à remplir, et les 112 justificatifs à fournir. Pôle ne me faisait pas confiance. J'ai également scrupuleusement remplit le document "préparation de l'entretien" en cochant en gros, en gras la case "NON" à la demande "Avez-vous besoin d'une formation pour la rédaction de CV?". Si j'avais pu, je l'aurais mis en 3D mais j'avais peur que le conseiller n'ai pas les lunettes adéquates sur lui au moment où nous nous rencontrerions.

Est arrivé le fameux jour du rendez-vous, un mercredi à 11h10. Pourquoi 11h10? mystère... Les locaux sont vétustes, Valérie Damidot aurait du pain sur la planche, mais tout de même, Pôle ne mérite pas ça. A peine rentrée, je me rends bien compte que j'aurais du opter pour une tenue moins voyante : le sac léopard a son petit succès dans le milieu de la communication, chez les copains de Pôle, c'est un peu too much. Bref, je me dirige vers le guichet où la personne charmante me propose un thé et des petits gâteaux pour patienter. Je déconne, c'est apparemment le jour d'un challenge interne secret "celui qui prononce le moins de mots gagne un carambar", et la personne en face de moi prends ceci très au sérieux. J'ai le droit à "Convocation", "Carte Vitale, Carte d'identité" et "Attendez sur les sièges bleus". Je range mon joli dossier violet à fleurs que j'avais commencé à déballer sur son guichet et me rend aux sièges bleus. Pour nous faire patienter, Pôle met à notre disposition diverses revues très bien choisies "Rebondir", "Courrier Cadres", "Entreprises et Carrières". Si j'avais oublié un instant que moi je n'avais plus de carrière, que j'étais encore plus loin qu'avant du statut cadre et que, franchement, à part rebondir sur mon canapé en pleurant, je n'avais pas été très pro-active de ce côté ces dernières semaines, Pôle est là pour me le rappeler, le fourbe.

L'entretien est conforme à mes souvenirs et à mes attentes : il n'y a pas de boulot dans mon secteur dans la région, je n'ai pas besoin de l'aide de Pôle pour trouver du boulot au vue de mon niveau d'étude et mes antécédents pro : au début ça passe pour un compliment, le deuxième effet Kisscool étant de se rendre compte que, non, vraiment on ne l'intéresse pas, Pôle. Et je dois également retrouver deux bulletins de salaire que mon charmant conseiller a du faire tomber derrière la photocopieuse. Pas grave, je vais juste devoir contacter la RH de mon ancienne entreprise, c'est rien, c'est pour moi, ça me fait plaisir. Par contre, je sens bien que Pôle m'a enflammée concernant la "dématérialisation" des documents au vue de la tonne de photocopies nécessaires à la constitution de mon dossier. Certes, je pourrais actualiser ma situation tous les mois directement sur son site internet grâce à mon code secret... que je recevrais pas la courrier postal... Il n'est pas à une contradiction près, Pôle.

Au bout d'une heure, me voilà sur le trottoir, seule, dans le froid sous la pluie, serrant mon petit dossier à fleurs contre moi, réajustant mon sac léopard sur mon épaule. Dix ans sans se voir et Pôle n'a pas vraiment changé en fait, il me laisse toujours avec un goût amer, avec ce sentiment de loose profonde. Et il ne m'a même pas proposé de déjeuner. Merci Pôle. Mais pour la prochaine fois, je saurais. Je viendrai bourrée comme un coing. Boire ou conduire, il faut choisir, je me ferai accompagner. Mais je ne serai pas rancunière, je lui amènerai un cadeau, et portant haut mon petit sac léopard, dès mon arrivée je lui lancerai avec fierté "Pôle, une Tourtel?"




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